TOMBÉ DU CIEL
Quand tout est traité trop vite et que les coutures sont trop apparentes
Synopsis du film
Ilyès, qui habite la cité Albert Camus à Roubaix, a déjà raté 3 fois son bac. Le jour du bac blanc, son copain Momo met le feu à une poubelle des toilettes de son lycée, en y jetant une cigarette, résultant en une évacuation. Mais c’est Ilyès qui est accusé, car comme sa mère lui avait donné beaucoup trop de thé, il a été le dernier à aller aux toilettes. Exclu du lycée, conséquence de nombreux autres mensonges, il se retrouve dans le seul établissement qui l’a accepté : un lycée catholique, en Bourgogne…
Critique du film TOMBÉ DU CIEL
On aime le cinéma de Mohamed Hamidi, de "La Vache" à "Jusqu’ici Tout va bien", pour son traitement social, sur un ton de comédie, souvent portées par des castings savamment composés. La déception fut donc rude lors de la séance de "Tombé du ciel", présenté au Festival de l’Alpe d’Huez en compétition. Mais à la décharge du réalisateur, il convient d’indiquer ici que celui-ci n’était cette fois-ci pas fortement impliqué au scénario, adapté du one-man show d'Ilyès Djadel (repéré au Marrakech du rire). Et malheureusement, ce qui fonctionne sur scène, notamment en termes de bons mots (car prise de recul il y a lorsqu’on raconte notamment sa propre histoire), ne fonctionne quasiment jamais ici. Les réflexions du personnage semblent ainsi souvent écrites ou préparées, cassant le rythme du film et donnant la sensation globale d’une successions d’anecdotes (comme dans un spectacle d’humoriste, justement).
L’introduction était pourtant prometteuse, avec une présentation des 3 amis (Momo, rappeur un peu pourri, Ousmane adorateur de merguez, Ilyes un peu mytho), et de Sarah, celle qui croit être la copine d’Ilyes et fait preuve d’une autorité envahissante (l’un des personnages secondaires amusants, interprété avec efficacité par Charlotte Deslions), puis avec l’arrivée dans le lycée catho et la chute du portable dans un regard d’évacuation, donnant l’impression qu'Ilyès, à genoux, fait une prière... musulmane. Jamel Debbouze, en sorte de caïd local, prévenant par de multiples clichés détournés, des dangers qui l’attendent, donne le sourire, et aurait sans doute mérité un peu plus de place, tout comme le camarade de chambré Célestin, qui se prend pour un rebeu de banlieue, source de nombreux éclats de rire (il est LE personnage irrésistible du film, formidablement interprété par Max Baissette de Malglaive). Côté religieux, Fred Testot s’en sort plutôt bien, en frère Oscario à la coupe improbable, dont le hobby risque aussi de déclencher quelques fous-rires. Quant au rôle de Josiane Balasko, il reste secondaire, et est celui de la sagesse, incarnant notamment un certain recul par rapports aux différences de religion.
Pourtant, une fois installé dans le lycée, de nombreuses situations dans le film, qui devaient justement faire le liant, semblent avoir été traitées à la va vite. Il en va des passages au bar local, des moments incongrus de chant du frère jouant de la guitare (une allusion à Patrick Bouchitey dans "La Vie est un long fleuve tranquille", en moins convaincant), ou de tout ce qui est lié au rôle des renforts pour la journée portes ouvertes (que dire de la chorale composite qui sait soudainement chanter Dja Dja de Aya Nakamura en quelques minutes à peine) ou de toute la partie finale à Lourdes. Les facilités scénaristiques sont légion et agacent. Dommage, car en considérant peut être un plus sérieusement les menaces de fermeture et de vente pesant sur l’établissement et en introduisant une once d’intrigue policière, on aurait peut-être pu croire à la figure de sauveur que tâche d’incarner le personnage d'Ilyès.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur


