TITANIC OCEAN
Un hypnotique film de passage à l’âge adulte, à la belle photographie
Synopsis du film
Ayant adopté comme nom Deep Sea, une apprentie sirène aux cheveux violets s’interroge sur sa voie intérieure, qui est censée incarner son être. Dans cet établissement japonais très sélect, à la discipline très stricte, elle est assez proche de Yokohama Blue, sa camarade de chambrée et découvre les ambitions d’une nouvelle venue, Ashley. Mais c’est face à leur coach de natation, Kataro, qu’elle se sent le plus troublée…
Critique du film TITANIC OCEAN
Sensation de la section Un Certain Regard de ce 79e Festival de Cannes, "Titanic Ocean", réalisé par la grecque Konstantina Kotzamani, est un premier long étrange et hypnotique, bercé par les réflexions intérieures de son héroïne, presque chuchotées, et par la beauté de ses images bleutées. Centré dans un milieu bien particulier, celui des femmes désireuses de devenir des sirènes professionnelles, sujet ayant déjà fait l’objet de quelques films (le documentaire américain "Sirens Call", passé par Berlin, et récemment la fiction française "Miss Mermaid"), le film se déroule au Japon, dans une école spécialisée, préparant au championnat international. Si le scénario n’aborde pas ici la philosophie derrière cette transformation, pour mieux se concentrer sur la pression mise sur chacune des participantes, dans un milieu hautement compétitif (voir la scène du duel la tête en apnée dans un saladier rempli d’eau), celui-ci joue aussi sur l’aspect individualiste de la démarche, s’intéressant avant tout à la manière dont chacune gère ce passage par une professionnalisation aux enjeux à la fois identitaires et pécuniaires.
Certes le scénario peut paraître quelque peu minimal, développant au final sur plus de deux heures la quête de Deep Sea de sa voix intérieure, découvrant ainsi son pouvoir de séduction auprès d’un coach un peu réduit à peau de chagrin. Quant à l’assimilation des hommes aux requins (ici les seules figures masculines sont le coach, et ponctuellement des pères venant rencontrer l’institution), son développement est plus de l’ordre du simple symbole, le danger qu’ils peuvent représenter n’étant finalement pas réellement développé. Cependant l’atmosphère du long métrage vaut le détour, nous immergeant d'emblée dans son ambiance aquatique avec une scène d’ouverture en forme de ballet, où les crédits du générique, verticaux, ondulent avec l’eau. D’une cohérence graphique impressionnante, entre les bleus et gris, des bassins et des couloirs, "Titanic Ocean" n’offre qu’une seule véritable scène extérieure, dans le téléphérique d’un parc accueillant un immense aquarium. Flirtant avec le fantastique (la télépathie, le tourbillon, la vague géante…), le film se mue en conte moderne plutôt séduisant, bercé par quelques variations autour de différentes versions de I Follow River (le tube emblématique de "La Vie d’Adèle"), se dotant au passage de quelques arguments féministes autour du mantra « les femmes fortes font des vagues ».
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur


