Banniere_Festival_Animation_Annecy_2020

THIS IS MY DESIRE

Un film de Arie Esiri et Chuko Esiri

Espoirs de potentiels migrants

À Lagos, Mofe, électricien, voudrait partir en Espagne. Il vient d’ailleurs se procurer un passeport tout neuf, avec son futur nom européen : Sanchez. Rosa, coiffeuse, veut emmener sa sœur Grace, enceinte, en Italie. Mais pour tous les deux, la question de l’argent sera primordiale…

This is my desire Eyimofe film image

« 15 000 dollars ce n’est rien ». Voilà une des remarques qu’un étranger fait devant Rosa, personnage féminin principal du film "Eyimofe", lors d’une soirée. Une remarque qui résonne, indécente, alors que le spectateur connaît déjà la situation de cette jeune femme, tout comme celle de Mofe, personnage masculin principal, tous deux confrontés à d’innombrables questions d’argent, pour leur survie quotidienne ou celle de leurs proches, mais aussi pour se préparer un avenir meilleur, qu’ils voient ailleurs.

Ailleurs qu’à Lagos, car ici chacun doit avoir deux boulots pour s’en sortir (lui est aussi gardien le soir, elle est serveuse la nuit...), et chaque pas est une dépense supplémentaire, alors qu’ils sont pris en étau par une horde de profiteurs ou de personnes faisant leur business, de ce qu’il faut pour vivre ou même pour mourir dignement. Le très intelligent scénario de Chuko Esiri met tout cela en évidence, ciblant les dysfonctionnements sociétaux générés par le besoin d’argent, les rapports faussés, y compris familiaux, la dangerosité des conditions de travail, comme le peu d’importance donné à la vie.

Pourtant "Eyimofe" est loin d’être un film désespéré, ses deux personnages semblant au contraire portés par une incroyable énergie, un désir de changement, et la chaleur des lieux est bien présente. Construit en deux parties (plus un épilogue), dont le titre est le pays où voudrait se rendre le personnage dont l’existence est alors le sujet, ce long métrage permet de mesurer la difficulté du processus de migration, et la distance entre la perception que peuvent en avoir les occidentaux et la rude réalité. Un film non seulement émouvant et tendu, mais aussi pédagogique.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire