THE SURFER

Un film de Lorcan Finnegan
 

POUR : Un thriller psychologique ensoleillé, porté par un Nicolas Cage habité

Synopsis du film

Un homme revient sur la plage de Luna Bay, à côté de laquelle il espère acquérir une maison. Il apprend alors qu’une autre offre a été émise et qu’il ne lui reste que 48 heures pour surenchérir. Sur cette plage, il aimait surfer lorsqu’il était enfant et souhaite montrer les lieux à son fils. Mais ils se font interdire l’accès par une bande de surfers du coin, plutôt menaçants, qui chahute au passage également un SDF du coin. Garé un plein soleil sur un petit parking au dessus de la plage, il va se retrouver peu à peu coincé en ces lieux…

Critique du film THE SURFER

Sortie le 01 septembre 2025 sur Paramount +

Revenu au Festival de Cannes en séance de minuit l’an dernier, avec "The Surfer", c’est un Nicolas Cage en pleine renaissance artistique qui a démontré une fois de plus toute l’étendue de sa palette de jeu. Confirmant des choix audacieux, après ses rôles dans "Pig" et "Dream Scenario", c’est cette fois-ci dans l’univers de Lorcan Finnegan qu’il laisse sa patte, son personnage prenant légitimement beaucoup de place, voire presque toute. Il faut dire qu’au delà du portrait d’un père désireux de racheter la maison de son grand père près de la magnifique plage de Luna Beach, sur la côte australienne, et tombant sur une bande de surfeurs localistes les empêchant lui et son fils d’accéder à l’eau, se cache un récit schizophrène où l’homme se confond peu à peu avec le SDF du coin, malmené lui aussi dès le début par ces hommes.

Nouveau long métrage de Lorcan Finnegan, découvert avec "Without Name", et dont le second long s’est fait remarquer à la Semaine de la critique puis à Gerardmer. Labyrinthique, l’étrange "Vivarium" réussissait à nous immerger dans un lotissement-prison, dont un couple ne pouvait sortir, l’intrigue manquant cependant un peu de justifications. Ici, l’auteur s’amuse à torturer son anti-héros, que l’on découvre d'emblée sujet à de multiples pressions : délai serré pour renchérir pour l’achat de la maison de son grand père, patron qui veut le voir au bureau des le lendemain, ex-femme qui va se remarier et est enceinte, fils devant lequel il est humilié et doit essayer de montrer qu’il est toujours un homme…

Parabole sur une déchéance inéluctable, trajectoire vers la folie d’un homme acculé, "The Surfer" bénéficie de son unité de lieu, à la fois ouvert (la majorité de l’action se passe entre le parking où est stationnée sa voiture et où vit un SDF recherchant son chien, et cette plage ou a élu domicile une sorte de gourou à capuche rouge, figure de la bourgeoisie locale - Julian McMahon, de la série "Nip Tuck", plutôt glaçant de violence apparemment gratuite) et fermé, puisque tout tourne autour de la voiture, comme un dernier lien avec l'humanité du personnage. Si la clarté de cette fable flirtant avec le fantastique se perd un peu avec un twist final qui était dispensable, on prend tout de même un certain plaisir à déguster cette série B ensoleillée où Nicolas Cage en fait certes par moments des tonnes, mais parvient à rendre son personnage aussi touchant que pathétique.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

CONTRE : Plage interdite

Un avertissement en valant bien deux, plantons fissa un drapeau rouge sur cette plage-là, clairement destinée à l’usage privé de ceux qui aiment (faire) souffrir sans la moindre raison valable, et qui, par rapport à ce principe d’identification qui peut s’opérer vis-à-vis d’un protagoniste en difficulté, ont tendance à confondre l’empathie et la pitié. On a beau se réjouir d’une nouvelle tentative du plus grand acteur du monde (oui, c’est le fan qui parle !) de nous gratifier de nouvelles nuances quant à sa définition quasi chamanique de l’actorat, on ne s’attendait cependant pas à ce que sa dernière proposition de cinéma, invitée jusqu’ici à faire la tournée des festivals les plus prestigieux, coche à ce point toutes les cases du film haïssable, et ce sur tous ses aspects narratifs, dramaturgiques et visuels. Mais les faits sont là, et nos craintes relatives au réalisateur niché derrière la caméra se sont hélas confirmées au centuple.

Une fois ce pauvre père de famille (Nicolas Cage) bloqué dans ses tentatives d’accéder à la plage de son enfance par une bande de surfeurs tribalistes et violents (ici dirigés par une sorte de gourou à capuche rouge), on a vite compris l’épreuve qui nous attend. Sur la base d’une situation conçue dans le seul et unique but de virer en eau de boudin toutes les deux minutes, "The Surfer" ne sera que torture, visant aussi bien un personnage de plus en plus malmené et soumis à la déchéance absolue, qu’un spectateur pris en otage dans un absurde rollercoaster sadique. Quand bien même voudrait-on nous faire croire qu’il s’agit là d’une allégorie critique sur les méfaits du masculinisme et la souffrance qu’il impose avec force pour faire atteindre ce « pic de supériorité » à autrui, un tel argument ne tient pas la route. Il suffit tout simplement de revenir à l’époque de "Fight Club" pour saisir en quoi David Fincher, fort d’un humour noir dévastateur et d’une prodigieuse propension à la satire sociétale, avait su explorer l’idée avec intelligence, virtuosité technique, percées incongrues et rejet du moindre zeste de manichéisme.

Lorcan Finnegan, fidèle à son idée première de piéger des personnages dans un étau pour leur en faire baver des ronds de chapeau sans aucune raison (revoyez "Vivarium"), ne l’entend pas de cette oreille et se contente de dérouler un canevas constant de pure humiliation unilatérale, d’une gratuité sans nom, où la caractérisation ultra-primaire de ce troupeau de raclures extrémistes – toujours plus ricaneuses, insultantes et jouissant d’enfoncer le pauvre protagoniste plus bas que terre – suscite une haine terrible au lieu de chercher à la tordre. On serre les dents jusqu’au bout face à cet authentique négatif d’un "Mandy" infiniment plus audacieux et abouti (parce que nourri à des percées oniriques et fantasmagoriques qui élevaient la portée de l’univers et du propos vengeur), tandis que le seul point de vue de mise en scène de Finnegan se limite à accoucher d’une image clippesque, tantôt en sudation tantôt sujette à la plus soûlante des déformations. Et même le grand Nic n’y peut rien. À réserver aux masochistes, donc.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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