THE PLAGUE
Le monde est cruel et le monde des ados l'est encore plus
Synopsis du film
Ben, 10 ans, intègre un camp de vacances qui propose un stage de waterpolo. La plupart de ses camarades ont déjà effectué une session de ce stage et forment un groupe soudé. Afin de s’intégrer, Ben n’a d’autre choix que de se prêter au jeu de « la peste », une prétendue maladie très grave et très contagieuse dont serait atteint leur camarade Eli, faisant de lui le souffre-douleur du groupe…
Critique du film THE PLAGUE
Passé par Cannes 2025, où il fit office de candidat sérieux pour la caméra d'or, et par le festival de Deauville où il a raflé le prestigieux prix de la critique et le Grand prix, "The Plague" aura mis du temps pour trouver le chemin de nos salles, avec une sortie française plus d'un an après sa première cannoise. Il faut bien dire que ce premier film, d'un complet inconnu, sans tête d'affiche, n'avait a priori guère d'attrait. Mais les quelques curieux ayant découvert le film en festival ont été frappés par une écriture d'une justesse incroyable, servie par une mise en scène percutante et sans esbroufe.
Une histoire à la fois simple et éminemment complexe, comme peut l'être le harcèlement. Un phénomène brut qui se traduit par une violence physique et/ou morale, mais qui trouve ses racines dans la subtilité du détail ou dans l'étrangeté d'un fait anodin. Ben, le jeune protagoniste, s'exprime avec un léger accent bostonien qui consiste à manger les "t". Ainsi, il ne dit pas "stop" mais "sop", et il prononce "Bosson" au lieu de "Boston", chose qui aurait probablement échappé au public français, s'il n'avait pas échappé aux camarades de Ben, trop ravis de trouver un sujet de moquerie et un surnom un brin railleur, "sop". Heureusement pour lui il y a pire dans le camp de vacances. Un gamin nommé Eli, au comportement légèrement atypique, qui cache peut être un trouble autistique ou un traumatisme profond. Quoi qu'il en soit, celui-ci est devenu le repoussoir de ses camarades, qui le considèrent comme un pestiféré, littéralement. Quiconque a le moindre contact avec lui se voit également atteint de la fameuse maladie, créant ainsi un cruel isolement pour le jeune homme et un dilemme moral pour Ben, entre sa naturelle empathie et son besoin d'être accepté par le groupe.
La menace du harcèlement est telle une épée de Damoclès, planant au-dessus des protagonistes et pouvant frapper au moindre moment de faiblesse. Une épée qui finira par s'abattre sur Ben, en un sens justement puni pour avoir joué le jeu de « la peste », ce qui ne marque pas la fin de l'histoire, bien au contraire. Car une fois que la mécanique implacable du harcèlement est lancée, il devient extrêmement difficile de la contrecarrer. Or Ben essaie, il essaie très fort d'enrayer le mécanisme. Il gesticule dans l'eau pour essayer de s'en sortir, la parabole du waterpolo prenant alors tout son sens. Mais toute tentative semble vouée à amplifier le phénomène, tel un monstre qui se nourrit de la force que l'on déploie contre lui.
Ce monstre est incarné par le personnage de Jake (incroyable Kayo Martin), un jeune blondinet au sourire ravageur, qui avec quelques années de plus aurait pu jouer les éphèbes dans un film de Visconti ("Mort à Venise", au hasard), mais qui ici joue les pervers manipulateurs, imbu du petit pouvoir qu'il exerce sur ses semblables. Everett Blunck ne démérite pas dans le rôle de Ben : entre la fragilité d'un ado qui manque cruellement d'assurance et le courage de se dresser contre l'injustice dont il est victime, le jeune interprète convainc constamment. À l'image du film et de son réalisateur novice, le casting étonne par son génie précoce. "The Plague" est un premier film à voir absolument et Charlie Polinger est désormais un cinéaste à suivre.
Benjamin BidoletEnvoyer un message au rédacteur
