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THE ONLY LIVING PICKPOCKET IN NEW YORK

Un film de Noah Segan

La fin d’un monde ?

Synopsis du film

Harry, la soixantaine, est un pickpocket à l’ancienne vivant à New York. De plus en plus dépassé par l’évolution du monde, il poursuit difficilement ses activités alors qu’il doit subvenir aux besoins de sa femme handicapée. Lors d’un coup réussi qui lui redonne espoir, il se retrouve en possession d’une étrange clé USB…

Critique du film THE ONLY LIVING PICKPOCKET IN NEW YORK

Acteur vu notamment sous la direction de Rian Johnson (ici producteur), dans notamment la trilogie "À couteaux tirés" (où il joue un rôle différent dans chaque opus), Noah Segan livre ici son deuxième long métrage comme réalisateur (son premier, "Scare Package", n’est pas sorti en salle en France, et ce n’est pas garanti non plus pour celui-ci à l’heure où nous écrivons). Il imprime dès le début de son film une atmosphère très classique, comme nostalgique d’un cinéma new-yorkais des années 70-80. Si ce style semble quelque peu daté, il peut apparaître comme cohérent par rapport à son personnage, collant ainsi au côté has-been de ce pickpocket (incarné par John Turturro). Ce que Harry parvient encore à dérober en dit beaucoup sur son déclin : il est dépassé par la société moderne (certains téléphones dernier cri sont tellement protégés qu’ils sont compliqués à revendre) et il est lui-même en situation d’obsolescence, à la manière des montres qui ne valent plus grand-chose selon son ami prêteur sur gages (Steve Buscemi).

Si, comme l’auteur de ces lignes, vous avez généralement du mal à ressentir de la sympathie pour des personnages de bandits ou de mafieux, ce protagoniste-là peut faire figure d’exception, d’abord car ce n’est qu’une petite frappe assez inoffensive, ensuite parce qu’il est dépeint avant tout comme un homme vieillissant et dont la personnalité n’est pas manichéenne. Certes, c’est un pickpocket, mais il n’a pas mauvais fond et sa vie personnelle, avec une femme handicapée et une fille qu’il ne voit plus, fait de lui un pauvre bougre avec lequel on peut entrer en empathie – le jeu subtil de John Turturro y est aussi pour quelque chose.

En outre, ce qui fait la valeur de ce film réside dans les concepts de mépris de classe et d’âgisme appliqués de manière inattendue au milieu de la criminalité. En effet, alors que Harry est un simple voleur à la tire, qui survit plus qu’il ne s’enrichit de cette modeste activité dont il n’a jamais dévié, il est contraint de se confronter à un jeune arriviste issu d’un gang puissant, qui réagit envers lui comme un aristocrate mépriserait un laquais. On assiste donc à une sorte de variante de David contre Goliath, assortie d’une forme de lutte de l’ancien monde face au nouveau. Si ce dernier point peut sembler conservateur, "The Only Living Pickpocket in New York" est plutôt empreint de nostalgie et de regret : si Harry finit par regretter de ne pas avoir évolué, ce n’est pas en se disant qu’il aurait dû être criminellement plus ambitieux.

Il y a donc une certaine mélancolie dans ce film, avec un personnage qui comprend qu’il est peut-être trop tard pour lui-même mais pas pour son entourage. Il en résulte un mélange de fatalité, de tristesse et de joie qui se manifeste aussi dans les choix musicaux : LCD Soundsystem en ouverture avec "New York, I Love You But You’re Bringing Me Down", Bobby Short à la fin avec "I Happen to Like New York" et Odyssey avec "Native New Yorker" dans une des scènes les plus radieuses. Ah oui, aurait-on oublié de signaler que ce film entretient également un rapport amour/haine complexe avec la ville de New York ?

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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