Bannière Festival de Venise 2026

THE DOG STARS

Un film de Ridley Scott

Une patte de maître

Synopsis du film

Dans un futur proche, l’humanité a été décimée par un virus. Les survivants s’organisent comme ils peuvent. Parmi eux, Hig, ancien mécanicien, a trouvé refuge auprès de Bangley, ex-marine préparé depuis toujours à l’apocalypse. Mais le premier ne cesse de rêver d’une vie meilleure ailleurs, quitte à se mettre en danger…

Critique du film THE DOG STARS

Cela débute comme une balade bucolique. Jacob Elordi sur un tracteur. Jacob Elordi dans un vieil avion au cœur des paysages sublimes du Colorado, à admirer la chaîne montagneuse des Rocheuses. La musique est douce. Quelque chose surprend, aucune présence humaine à l’horizon dans ces contrées sauvages. Le coucou se rapproche de la ville, le gris remplace les couleurs chatoyantes de la nature. La caméra se rapproche de Denver. La métropole n’est plus que ruines et amas de poussières. Quelques animaux s’y aventurent. La bande-son change de tonalités. Les hommes seront la menace.

Pour son retour à la science-fiction, Ridley Scott choisit la narration postapocalyptique. Dans ce futur proche, un virus a décimé toute la population mondiale. Quelques survivants se sont organisés, beaucoup s’entretuent. Jacob Elordi donc incarne Hig, mécanicien de formation, qui a trouvé refuge auprès de Bangley, ancien marine, pour qui la situation actuelle n’est pas tant une souffrance. Lui, il s’était préparé depuis longtemps à survivre en territoire hostile. Et si, au passage, il peut dégainer ses gros fusils, ce n’est pas pour lui déplaire. Le problème, c’est que le premier, hanté par son passé et ceux à qui il a dû dire adieu, n’arrive plus à se contenter de cette existence sans lendemain. Même son fidèle chien Jasper ne lui permet pas de retrouver le sourire. Alors, il va prendre le risque, se diriger vers Grand Junction dont une voix à la radio lui a laissé l’espoir d’une vie meilleure là-bas, peu importent les dangers encourus, parce que la mort sera probablement plus une délivrance qu’un châtiment.

Pour ceux qui s’attendaient à un gros film d’action ou un grand récit d’aventure, il risque d’y avoir des déceptions. Car dans ce "Dog Stars", il est avant tout question d’humanité, de ce qui constitue une communauté, un foyer, des choix qu’on peut faire pour se le rappeler, de ceux qu’on doit faire pour ne pas sombrer. Profondément mélancolique et souvent poétique, le métrage est une fable sociale bouleversante, à rebours de la SF traditionnelle. Dans cet univers-là, on ne se cache pas pour pleureur, on n’hésite pas à montrer ses blessures intimes, ses pensées noires, ses remords comme ses regrets. Évidemment que cette adaptation du succès littéraire "La Constellation du chien" se veut un pamphlet écologique, une critique aiguisée de l’Amérique contemporaine (et même par extension de l’état du monde), mais le cinéaste octogénaire réussit à enrober ses velléités revendicatrices dans un merveilleux écrin cinématographique, nous offrant un divertissement saisissant.

Surtout, le film a le mérite de nous rappeler à quel point le réalisateur britannique est un immense concepteur d’univers, des vaisseaux inhospitaliers d’"Alien", au Los Angeles interlope de "Blade Runner", en passant par la Rome antique de "Gladiator", son savoir-faire n’est plus à démontrer. Après des dernières productions moins inspirées ("House of Gucci", "Napoléon", "Gladiator 2"), il retrouve ici de sa superbe, plongeant le spectateur dans ce 2035 eschatologique, où le décor dit beaucoup, sans avoir besoin de multiplier les artifices et les effets spéciaux. En plaçant ses protagonistes comme des témoins d’une nouvelle réalité, où les discussions à cœur ouvert jalonnent autant l’intrigue que les scènes d’action, le métrage nous offre une nouvelle incarnation des héros, loin du virilisme de coutume.

Particulièrement passionnant dans sa réflexion, "The Dog Stars" ne déçoit pas non plus au niveau de la tension, avec plusieurs séquences mémorables niveau adrénaline, et une vraie maestria visuelle et scénaristique dans ces moments plus violents. Avec ce conte humaniste contemplatif, Ridley Scott surprend, réussit à dégager une émotion constante en s’appuyant sur une économie formelle qu’on n’attendait plus de lui. En s’éloignant du spectaculaire, son objectif sonde ses personnages comme rarement, livrant une œuvre poignante où la désolation ne s’oppose pas à l’espoir. Grâce aux prestations magnétiques de ses comédiens, à un matériau originel magnifié et à un discours empoignant, la trentième réalisation de Sir Ridley Scott s’impose indéniablement comme l’un des temps forts de cette rentrée des classes. Que dit-on déjà sur les vieux vins ?

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

À LIRE ÉGALEMENT

Laisser un commentaire