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TELL ME LIES

Un film de Peter Brook

« What’s wrong with that ? »

Londres, 1967. Dans le contexte de la Guerre du Vietnam, trois jeunes londoniens cherchent à comprendre le conflit en se plongeant dans les réactions de la société et remettent en question la politique anglaise. Diffusé en septembre 1968 lors de la Mostra de Venise où il reçut une Mention spéciale du jury, le film fit une petite sortie par la suite. Aujourd’hui restaurée, l’œuvre de Peter Brook revient sur nos écrans, plus actuelle que jamais...

« Tell me Lies » est le cinquième long-métrage du cinéaste, écrivain et metteur en scène de théâtre, Peter Brook. Inspiré de la pièce « Us » qu’il met en scène en 1966, il réalise deux ans plus tard ce pamphlet contre la Guerre du Vietnam avec cette même approche théâtrale, mêlant le documentaire à la fiction en passant par la chanson.

Marqués par la photo d’une mère et de son enfant – image qui reviendra souvent pendant le film-, trois jeunes anglais décident d’enquêter sur le sens de cette guerre qui fait des ravages à l’autre bout du globe. Ensemble, ils arpentent les rues de Londres, se mêlent à la masse lors des manifestations, rencontrent politiciens, étudiants, vietnamiens ou moines bouddhistes, et face à un bilan consternant, chantent l’absurdité d’une problématique universelle.

Avec une mise en scène qu’on peut trouver troublante, Peter Brook vient dénoncer le ridicule d’une guerre sans réel fondement. On chante, on rit, on boit, on parle de morts et de bombes, tranquillement assis dans un canapé. Les photos de blessés en noir et blanc s’animent, un jeune moine s’immole dans la rue, un américain, Norman, fait de même devant le Pentagone, bouleversé de constater que « tant de gens considèrent n’avoir d’obligation réelle qu’envers leur famille ». Le réalisateur mélange les contenus, joue de la forme, et prend beaucoup de liberté quant à la structure narrative.

Après un questionnement sur l’utilité de la guerre, l’individualisme et le sentiment de non-responsabilité, Peter Brook va jusqu’à parler de plaisir chez l’homme qui assiste à ces horreurs qui ne le touchent pas. Piquant, violent, cynique, ce docu-fiction nous dérange jusqu’à la fin.

Malgré quelques images violentes, banalisées aujourd’hui et qui ne produisent pas la réaction escomptée par le cinéaste, le propos du film reste cependant juste et fondé. Peter Brook pointe du doigt le ridicule d’un mécanisme de guerre que nous entretenons depuis des années et dénonce l’impérialisme américain. Et cela, en chanson. Troublant.

Anne-Claire JaulinEnvoyer un message au rédacteur

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