Bannière Festival du film de Locarno 2026

SUPERMAN

Un film de James Gunn

Une œuvre pop sincère, malgré quelques impératifs de studios

Synopsis du film

Cela fait près de 300 ans que l’humanité a fait la rencontre des métahumains, des êtres aux pouvoirs extraordinaires prenant la forme autant de dieux que de monstres. Il y a 30 ans, un jeune kryptonien était envoyé en urgence sur la Terre, fuyant sa planète au bord de l’extinction. Un couple du Kansas a recueilli le nouveau né et l’a nommé Clark Kent. Et c’est en grandissant que Clark va développer ses pouvoirs et ses devoirs envers l’humanité. Lui qui ne veut que faire le bien va se rendre compte que l’espèce humaine a une fâcheuse tendance à l’auto-destruction et à rejeter toute aide surtout lorsqu’elle vient d’un alien. Les choses s’intensifient lorsque Clark, connu sous le nom Superman pour le grand public, se retrouve pris dans des conflits géo-politiques qui le dépassent. Et si en plus son ennemi juré Lex Luthor s’en mêle…

Critique du film SUPERMAN

Lorsque la planète super-héroïque apprend en 2020 l’abandon total de l’univers connecté de DC et Warner, c’est la débandade. Le studio nous sert de belles daubes comme "The Flash" de Andy Muschietti, pour planter les derniers clous dans le cercueil d’un univers balbutiant et dont plus personne ne veut… Et pourtant les choses avaient commencé sur les meilleurs auspices avec la sortie de "Man Of Steel" en 2013 par Zack Snyder avec Henry Cavill dans le rôle-titre. Posant les bases de l’univers qui sera tué dans l’œuf quelques années plus tard, cet Homme d’acier était une renaissance face à un constat amer : personne depuis Richard Donner et son "Superman II" en 1980 n’avait réussi à retranscrire aussi bien son origin story et les interrogations inhérentes à ce héros de prime abord optimiste et sauveur de la veuve et de l’orphelin.

Snyder apportait alors une vision messianique à Superman, posant sur notre société ce constat déstabilisant : l’humanité aime et a besoin de suivre des figures à la limite du christique pour les guider. Et l’humanité aime surtout faire payer lorsque la réalité des choses devient plus complexe. Avec ce premier chapitre et sa suite "Batman V Superman", Snyder étudiait (certes avec de gros sabots) les conséquences de l’arrivée d’un être quasi divin dans notre monde. Dépoussiérant au passage l’imagerie kitsch entourant le héros (adieu le slip rouge par exemple), il rendait enfin justice à sa puissance grâce à des séquences d’action homériques rappelant fortement les coups assénés par Goku dans "Dragon Ball" que même Bryan Singer n’avait pas réussis à rendre à l’image avec son décevant "Superman Returns" sorti en 2006. Après avoir fait notre deuil de notre cher Henry Cavill, nous voilà en ce début d’été avec le renouveau du studio DC et sa première pierre angulaire, ce "Superman" concocté par James Gunn.

Le réalisateur de la trilogie (et la seule réussie de bout en bout) "Les gardiens de la galaxie" nous avait préparé à quoi nous attendre pour son adaptation. Car nous étions déjà familiers de son cinéma, avant que Marvel ne lui mette la main dessus, James Gunn faisait partie d’un collectif de talents du nom de Trauma, spécialisé dans les projets fauchés et trashs comme il faut. Avec "Horribilis" en 2006 il nous avait montré son amour avant tout pour les freaks, ces gens laissés de côté, ceux qui sont différents voire monstrueux, et il a confirmé avec "Super" en 2010 son penchant pour ne pas montrer des figures héroïques classiques. Chacune de ses œuvres démontre son esprit sale gosse toujours au service d’une mise en scène maline et généreuse souvent portée par des bandes sons issues des années 80-90 qui en marqueront plus d’un. Et lorsque le film s’ouvre sur les notes de John Murphy (compositeur à l’œuvre déjà sur "The suicide squad" ou encore sur le "volume 3" des gardiens de la galaxie) reprenant le thème iconique de John Williams et qu’on découvre avec cette série de cartons que nous arrivons à un moment de l’histoire où tout ce qu’on connaît déjà du personnage est arrivé, sauf sa première défaite, c’est déjà un vrai plaisir.

L’homme d’acier est dans la neige, ensanglanté, demandant à son chien Krypto de le ramener à la maison et la musique s'emballe. L’introduction du film démarre fort et propose une narration intelligente qui fait fi des passages obligés traditionnels des débuts de saga et ancre également son surhomme dans un monde proche de nos réalités en posant une question que Snyder avait déjà posée mais avec plus de candeur. On ne vous gâchera aucune des surprises ici et même si le scénario est au final assez classique il est assez bien mené pour qu’on ne sente pas le temps passer. Malheureusement le film coule un peu trop sous le cahier des charges, l’empêchant de creuser des questionnements intéressants autour de l’homme d’acier et de son rapport à comment choisir. Beaucoup d’éléments gravitent autour de lui, comme des personnages pas forcément disponibles avec par exemple la bande du Justice Gang qui nous ressert une recette faite de blagues et de deus ex machina. N’enlevant rien au charme inhérent de Nathan Fillion (déjà présent dans "Horribilis" du même cinéaste) en Guy Gardner lourdeau et trop sûr de lui ou même à ses collègues, l’ensemble se retrouve alourdi inutilement de quêtes secondaires qui feraient passer notre homme en slip préféré comme un figurant de luxe de son propre film.

Rassurez-vous, les affrontements en images de synthèse sont au rendez-vous, l’émotion aussi notamment lors de ce qui est sûrement la meilleure séquence du film, lorsque Loïs Lane (impeccable Rachel Brosnahan) interviewe Clark sur les agissements de son alter ego Superman. La conversation se fait de plus en plus incisive jusqu'à ce qu'on se rende compte dans un éclat de colère où Clark lâche les larmes aux bords des yeux « Mais des gens allaient mourir ! », que leurs visions sont opposés : l’un voulant faire le bien coûte que coûte alors que l’autre nuance son propos et met en avant la complexité des sociétés humaines et de ce qui les régit. Et c’est peut être là où le bât blesse : si la meilleure séquence d’un film à grand spectacle est un moment de dialogues, peut-être que quelque chose a été manqué dans le rouleau compresseur hollywoodien. Jamais James Gunn ne retrouve l’énergie d’un Snyder pour retranscrire la puissance inhérente à son personnage, malgré des idées sympathiques (l’univers de poche, le fidèle Krypto qui s’invite dans la bataille…) et même si David Corenswet fait un boulot plus qu’honorable, on regrette finalement le manque d’audace du projet.

Visuellement le film respire les pages de comics, notamment celles d’Adventure Comics auquel James Gunn fait souvent référence (design des costumes, histoire, imagerie). Mais le format grand angle qu’il affectionne tout particulièrement contraint son image à une certaine ampleur, à laquelle le scénario et le montage ultra rythmés ne permettent pas de rendre justice, coincés par un souci d’efficacité et de lisibilité qui rend l’ensemble finalement assez sage. Mais peut-être qu’en ces temps troublés nous avons besoin qu’on nous rappelle que la gentillesse pure, incarnée par ce héros mythique, est une force que l’on doit chérir. Le film tente même de se parer d’un discours politique autour de l’immigration (Superman étant lui-même un immigré alien clandestin). Cette idée est notamment incarnée par la nemesis Lex Luthor (joyeux jeu cabotin de Nicholas Hoult qui n’arrive pas à la cheville de Jesse Eisenberg, n’en déplaise aux rageux) qui tente de maintenir cet ordre mondial où les mêmes personnes sont toujours dévalorisés et où les riches deviennent toujours plus riches. Là aussi symptomatique d’un scénario un peu trop fourre-tout, sa menace est alors reléguée au second plan et sa résolution beaucoup trop abrupte pour avoir eu l’impression d’un réel affrontement idéologique entre les deux personnages.

En somme nous pouvons vous conseiller d’aller voir cette relecture colorée, fortement sympathique mais déjà un peu datée à cause des itérations passées qui ont déjà raconté cette histoire mille fois. L’univers peut repartir sur de bonnes bases, mais il ne va pas falloir oublier de faire du cinéma.

Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

À LIRE ÉGALEMENT

Laisser un commentaire