SUBSTITUTION : BRING HER BACK

Les frères Philippou, nouveaux maîtres de l’horreur

Synopsis du film

Andy et sa sœur malvoyante Piper perdent brutalement leur père et se retrouvent placés dans une famille d’accueil auprès de Laura, qui s’occupe déjà d’un autre petit garçon dans une maison isolée. La tristesse et le deuil ne sont rien comparés à ce qui les attend…

Critique du film SUBSTITUTION : BRING HER BACK

Trois ans après "La Main" ("Talk to Me", sorti en 2022), un premier film à la peur omniprésente et à l'exécution impeccable, le duo de frères réalisateurs revient, et revient très fort. "Bring Her Back" démarre avec une vidéo crasseuse, tournée au caméscope, sur laquelle on ne sait pas vraiment ce qu’on observe : on est juste mal à l’aise. Et cette sensation ne nous quittera pas. Laura (incarnée par une Sally Hawkins habitée) qui les accueille dans cette grande maison, distille à elle seule le malaise et la peur par ses comportements et réactions. Elle est tantôt aimante et attachante, détestable et terrifiante, bon et mauvais parent. Les enfants autour d’elles s’adaptent ou subissent, hormis Piper qui a les faveurs de Laura, pas forcément pour les bonnes raisons puisque la fille de Laura, malvoyante elle aussi, est décédée à peu près au même âge.

La thématique de l'impossibilité du deuil semble être le fil rouge des réalisateurs. Après "La Main" qui creusait cette impossibilité lors de la perte de la mère, "Substitution : Bring Her Back" change subtilement son angle de vue en se plaçant à la fois du côté des enfants, qui cette fois sont prêts à faire leur deuil, mais aussi du côté d’un parent, lui, incapable de dire adieu. Chaque personnage est remarquablement écrit dans cette optique : Andy porte le deuil d’un père avec lequel il n’avait presque pas de lien en s’occupant de sa sœur de manière paternelle et en ne croyant pas les adultes qui l’entourent d’une manière générale ; Piper qui était très proche de son père tend elle à l’indépendance et à voir le bon chez les adultes ; Laura, qui porte son deuil depuis des années, s’occupe d’enfants placés pour combler son vide et refuse ne serait-ce que de redécorer la chambre de sa fille décédée.

L’horreur est instillée par touches et avec une mise en scène maline : on aperçoit à travers la buée ou à travers la pluie une image qui un instant nous terrifie, avant que Laura ne nous remette sur le droit chemin. Le gore est lui aussi instillé par touche mais monte crescendo : les effets pratiques sont confondants de réalisme - courage à vous pour garder les yeux ouverts lors de la scène de la cuisine et du couteau. Ce film est un grand film d’horreur, car il vient chercher en chacun de nous quelque chose en lien avec notre famille (que l’on se place en tant que parent ou enfant) et parce qu’il nous laisse à la fin de la séance avec les larmes aux yeux. Les frères Philippou sont sans hésiter les nouveaux maîtres de l’horreur et leur carrière sera encore longue : quelle chance pour le cinéma de genre et pour nous !

Océane CachatEnvoyer un message au rédacteur

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