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SOUTHBOUND

Cauchemardesque

Le long d’une route dans le désert américain, passent des voyageurs : deux hommes fuyant quelque chose, trois jeunes rockeuses, un homme qui téléphone au volant, un homme à la recherche de sa sur et une famille sur la route des vacances. Mais au lieu de traverser le désert vers leur destination, ils devront traverser le pire de leur cauchemar…

Southbound est une expérience, une descente aux enfers dans un univers cauchemardesque où le temps et l'espace se retrouvent dangereusement distordus. Ce film à sketches, réalisé par Roxanne Benjamin, David Bruckner, Patrick Horvath et par le collectif Radio Silence, est un véritable enchaînement de cauchemars. Chaque personnage se retrouve coincé dans une situation où le mot « normal » n’a plus du tout la même signification. Quoi qu’ils décident, cela les enfonce un peu plus profondément dans l’abîme. Un abîme sans fond dans lequel le spectateur est entraîné malgré lui grâce à une rythmique bien huilée et surtout grâce à une très belle mise en scène.

Car tout s’enchaîne à la perfection. Alors qu’on est encore à fond dans la séquence précédente, un nouveau personnage entre en scène pour nous conduire vers un nouveau chapitre. Bien sûr, certaines transitions sont plus fines que d’autres, mais dans l’ensemble, les cinq histoires n’en forment qu’une, et ça, c’est exactement ce qu’on attend de ce genre de film. Mais au-delà de l'enchaînement des différentes séquences, un élément de la narration donne tout son sens au film : le montage en boucle. Comme dans un cauchemar, on ne se sait plus vraiment comment tout cela a commencé, et le film semble d'ailleurs n'avoir ni début ni fin. C'est cette boucle infinie qui fait de Southbound un véritable cauchemar filmé. Mais attention, un cauchemar bien filmé !

Car en un sens, les images sont vraiment belles. Il est vrai que le désert du sud des États-Unis offre quelques beaux panoramas, mais là, on parle d’une autre esthétique. On parle de cette esthétique malsaine et poisseuse qui vous rappelle bien ce que les personnages qui défilent devant vous sont en train de vivre. Un style qui n’est pas sans rappeler celui de Tobe Hooper dans le légendaire Massacre à la tronçonneuse. Il s'agit d'une expérience très dérangeante, d’autant plus que le film semble par moment s’adresser directement au spectateur, d’une voix grave émise par un autoradio. Ça ressemble à une sorte de speech de motivation, mais ça pourrait aussi être tout autre chose. Le fait qu’une voix-off soit intra diégétique est déjà dérangeant en soi, mais lorsqu’on ajoute à ça la bizarrerie du discours et l’atmosphère étrange de chaque séquence, on obtient un résultat absolument fascinant.

Quand de nombreux films de genre se contentent d'aligner les clichés narratifs pour construire leur récit, chaque segment de Southbound nous raconte une histoire originale mélangeant les styles et les codes. Les réalisateurs jouent avec les contraintes du format qu'ils se sont fixé et utilisent à merveille les possibilités qu'offre ce dernier. Si bien qu'on ne peut qu'être déstabilisé devant le résultat final. Le film est donc à la fois bien écrit, bien filmé et dégage une certaine unité, mais il ne ressemble en rien à ce qu'on a l'habitude de voir. Au final, Southbound réussit parfaitement son pari. On ressort de là avec un étrange sentiment de malaise mais avec la certitude d'avoir vu un bon, et même un très bon film. Le jury jeune de la Région Lorraine ne s'y est pas trompé, en lui décernant son prix lors du Festival de Gérardmer 2016.

Adrien VerotEnvoyer un message au rédacteur

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