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SOUS PEINE D'INNOCENCE

Un homme ordinaire face au système judiciaire américain

L’histoire d’un détenu de la prison de Rikers Island, Severino Diaz, condamné pour un crime qu’il n’a pas commis, et de son amitié avec le Père Pierre, co-fondateur de la Maison d’Abraham qui uvre à la réinsertion des ex-détenus...

Pendant 12 ans, de 2004 à 2016, Pierre Barnérias a suivi le parcours de cet homme condamné dans les années 80 pour un crime qu’il n’a pas commis, et souhaitant sortir de prison en ayant conservé son innocence aux yeux de la justice. Car pour sa remise en liberté conditionnelle, il doit plaider coupable de ce crime et par là approuver les années de prison qu’il vient de faire (soit 15 ans pour la première peine). Or, comment Severino peut-il plaider coupable pour un crime qu’il n’a pas commis ? En ce point, ce documentaire constitue une remise en question du fonctionnement du système judiciaire américain, système basé sur la reconnaissance de sa propre culpabilité et donc sur le fait de faire pénitence pour être par la suite libéré en conditionnelle. Cependant, à chaque passage devant la commission de remise en liberté, Severino refuse de plaider coupable et doit donc retourner en prison pour 2 ans, avant de repasser à nouveau devant cette dernière. Ce qui est troublant ici, c’est la force dont fait preuve cet homme, tenant bon et ne voulant sortir qu’en ayant fait triompher la vérité.

La seconde histoire qui rythme en parallèle le documentaire est l’amitié entre Severino et le Père Pierre, et le combat de ce dernier pour les ex-détenus. Car il est un homme qui voue sa vie à son prochain et en particulier aux anciens prisonniers qui viennent d’être libérés, via la Maison d’Abraham, lieu dont il est le co-fondateur. Cette partie du documentaire permet de mettre en exergue la question de la réinsertion des ex-détenus aux États-Unis. Car « cette maison » les accueille, les aide à se réinsérer dans la société et à évite la récidive. On ne peut être que touché par ce personnage du Père Pierre, qui croit en ces hommes à qui la société n’offre parfois qu'une chance, celle de retourner derrière les barreaux. C’est donc une magnifique amitié franco-américaine (puisque le Père Pierre est originaire d’un village aux pieds du Viaduc de Millau) qui transparaît dans ce documentaire, le double portrait de deux hommes vouant leur vie à leur mission : aider son prochain pour l’un et sortir de prison en ne s’étant pas renié pour le second.

Pour ce qui est de la mise en scène, certains effets restent assez artisanaux (les plans avec les barreaux dessinés qui se transformeront en viaduc de Millau, lien entre les deux hommes) et certains plans comme ceux sur les serrures des prisons dénotent. De manière générale, ce documentaire donne plus la sensation d’une oeuvre télévisuelle que cinématographique. Au final "Sous peine d'innocence" est une formidable histoire humaine et une réflexion intéressante sur le système judiciaire américain. Un documentaire à découvrir, avec des sujets forts, auxquels la réalisation, qui ne nous transporte pas assez, ne rend pas forcément justice. Dommage.

Kevin GueydanEnvoyer un message au rédacteur

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