SOUS LE CIEL DE KYOTO

Un film de Akiko Ōku

Méli-mélo-météo

Synopsis du film

Partagé entre ses cours à l’université et un petit boulot dans des bains publics de Kyoto, Toru a surtout la manie de toujours garder son parapluie à portée de main, voire au-dessus de sa tête, tel une sorte de bouclier contre les forces du monde extérieur. Jusqu’au jour où il rencontre la mystérieuse et fragile Hana…

Critique du film SOUS LE CIEL DE KYOTO

Il est beaucoup question de son là-dedans. Celui de la pluie qui tombe – on l’entend très fort dès les premiers plans du film. Celui que l’on choisit de mettre le plus fort possible jusqu’à ce que ce ne soit plus supportable – par exemple le son de la télévision. Celui que l’on choisit de faire résonner pour obéir sinon à une sorte de « programme », en tout cas à une liste d’actions banales du quotidien à manifester auprès de soi – aspirer une portion de nouilles, laver une surface lambda, ouvrir une porte, hurler sa peine, etc. Mais surtout celui qui se manifeste de façon un peu aléatoire tout au long de la narration d’un film, à ceci près qu’on n’y ressent clairement pas le désir de désorienter son spectateur par l’art – ô combien kamikaze ! – de la rupture de ton. C’est hélas à cet irritant effet de sinusoïde plus ou moins improvisée (c’est en tout cas ainsi qu’on la ressent) que l’on se confronte avec ce nouveau film d’Akiko Ōku, qui, après nous avoir épaté avec le très goûtu "Tempura", revient hélas à la lenteur erratique de son premier film "Tokyo Serendipity". Notons que le mot « sérendipité » est ici l’objet d’un curieux qualificatif, l’héroïne du film n’hésitant pas à le désigner comme un « mot savant » (ah bon ?). Or, sa définition, ciblant l’assimilation par autrui de l’utilité d’une découverte inattendue, ne colle pas au film lui-même : on ne sait jamais sur quel pied danser avec "Sous le ciel de Kyoto" qui, à bien des égards, ne met pas plus de dix minutes à faire mentir sa très belle affiche.

Du torrent de zénitude romantique tant espéré, nous n’aurons droit qu’à une banale chronique sentimentalo-bêta qui peine à trouver le ton juste. Du décor de Kyoto dont on ne connaît que trop bien la richesse culturelle et la beauté des espaces shintoïstes (des temples aux jardins), il n’y aura rien de tel visible à l’écran sinon des décors urbains assimilables à ceux de n’importe quelle autre grande ville nippone. Et surtout, en guise de personnages kawai dont on prendrait plaisir à suivre le périple intime, on se retrouve avec des fantoches à l’état pur, ni habités ni caractérisés ni capables d’incarner un état d’esprit particulier, et assimilables à des robots régulés selon des fonctions aussi mécaniques que leurs trajectoires – un jeu furtif sur leurs pensées en off durant leurs actions quotidiennes encourage carrément cette lecture incongrue. On jurerait tout de même que l’incongruité était ce que recherchait Akiko Ōku, dont le point de vue sur la solitude de l’âme s’accompagnait déjà dans "Tempura" d’un joli penchant pour le décalage et le surréalisme. Mais si cela avait autrefois un impact fort en apparaissant à des articulations précises du récit sous forme de signes et de symboles, le parti pris tourne ici à vide pour cause de caractères imperméables non seulement au monde extérieur (on reste extérieur à leur « bulle ») mais aussi à une quelconque logique de courbe émotionnelle.

Pour aller dans le sens de la lecture météorologique (encouragée aussi bien par le titre du film que par le chapitrage de son scénario), on pourrait parler de temps instable où l’on passe du coq à l’âne en matière de couleurs et de températures. Ici, on assiste à des cours que l’on quitte sans raison avant la fin, on disserte sans fin sur le sens de gestes précis ou sur la préparation de l’omelette de riz (!), on passe d’un décor à un autre sans que cela serve une réelle progression, et au final, on ne sait plus trop quoi penser de ces deux marginaux au schéma interne difficile à cerner. Cela étant dit, en plein milieu du récit, un long plan fixe déchirant sur l’héroïne qui vide tout à coup son sac et ses émotions quasi-mutantes pendant plusieurs minutes nous laisse à penser que cette immaturité scénaristique est enfin trouée par une vraie audace… du moins avant que la bascule vers le pur mélodrame ne reprenne les mauvaises habitudes du début. Dès lors, ce faux récit d’apprentissage retombe dans ses travers et ses afféteries de ton, jusqu’à un dernier acte lourdement lacrymal (mais seulement pour les personnages !) qui se prend de lourdes trombes d’eau sur la tête sans jamais réussir à ouvrir le parapluie. Comme quoi la beauté de l’image et la pureté des thèmes ne suffit pas sans une assise narrative clairement définie.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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