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SORRY, BABY

Un film de Eva Victor

Entre gravité et légèreté, la très belle équation d’Eva Victor

Synopsis du film

Indéniablement, Agnès a vécu un traumatisme. Alors que la plupart de ses amis avancent dans leur vie, la jeune femme est bloquée, meurtrie dans son corps et son esprit. Son amie Lydie lui permettra peut-être d’avoir le déclic…

Critique du film SORRY, BABY

Eva Victor s’est notamment faite connaître sur Twitter à travers des vidéos humoristiques postées sur le réseau social. D’autres ont pu la découvrir dans la série "Billions" dans laquelle elle jouait le rôle de Rian. Mais peu avaient vu venir son passage derrière la caméra, encore moins avec cette qualité-là. Dans "Sorry, Baby", œuvre viscérale dont elle a évidemment signé le scénario, la néo-réalisatrice se charge également du rôle principal, celui d’Agnès, une étudiante en lettres brillante devenue professeure. Mais là où tous ses camarades de promo ont fui le campus, elle a décidé d’exercer sa profession sur place, restant même vivre dans le logement qu’elle occupait durant son apprentissage. Quelque chose la retient. Une douleur l’habite et l’empêche d’avancer. Son appartement devient la métaphore d’une psyché meurtrie ; réagencer les pièces pour regarder ailleurs, soulever le tapis pour affronter ses traumas et peut-être un jour fermer les portes pour abandonner définitivement les fantômes de son passé.

D’abord remarqué à Sundance, le métrage faisait partie du haut du panier de la programmation de la Quinzaine des Cinéastes 2025. Avec un ton si particulier, le film réussit à décortiquer les drames intimes sans jamais sombrer dans les écueils de la forme arty ou des ressorts narratifs attendus. Si l’on comprend rapidement les raisons de ses tourments (à juste titre, en faire un suspense aurait pleinement desservi le propos), la fameuse séquence de l’acte n'arrivera jamais, la cinéaste préférant pointer son objectif sur les conséquences plutôt que sur les causes. Avec un humour doux amer parfaitement dosé, cette chronique bouleversante saisit avec brio les méandres et les détours intrinsèques à la reconstruction d’une femme qui a connu l’épouvantable.

Sans rechercher une quelconque universalité dans son discours, ce premier long s’appuie au contraire sur ses singularités, sur sa protagoniste atypique, offrant une résonance à d’autres par le prisme d’une intrigue ô combien personnelle. Ici, pas de linéarité dans le récit, tout est chaotique, à l’image d’un esprit qui refuse d’être défini par un agissement subi. Une scène de sandwich devient alors un des moments les plus émouvants de ce 78ème Festival de Cannes. Et le film poétique d’être également une superbe histoire de sororité, une amitié fusionnelle qui ne s’étiole pas malgré le poids des années et des parcours de vie différents. Comme la Croisette sait si bien le faire, un nouveau nom du 7ème Art vient de faire son entrée dans les dîners cinéphiles. Eva Victor, bienvenue à table !

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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