SOLEILS ATIKAMEKW
Quand douleur et sentiment d’injustice écrasent le reste
Synopsis du film
Le 26 juin 1977, à Manawan au Québec, 5 corps d’indiens atikamekw sont retrouvés noyés dans la camionnette de deux hommes blancs, tombée dans la rivière. La police conclue rapidement à un accident, alors que les deux hommes blancs ont mis des heures à venir déclarer celui-ci au poste et s’en sont eux, sortis pratiquement indemnes. Peu à peu le doute s’installe, à la découverte notamment de lacérations sur les corps, les proches se posent des questions et essayent de faire bouger les choses…
Critique du film SOLEILS ATIKAMEKW
L’expérience a eu le mérite d’être tentée, à une époque où de nombreux longs métrages se positionnent entre témoignage et reconstitution, entre documentaire et fiction. "Soleils Atikamekw" revient sur un fait divers sordide, meurtre raciste maquillé en accident, mettant en avant le mépris pour tout un peuple de la part du dominateur blanc. Un film qui s’inspire d’archives, de souvenirs et de rêves. C’est ainsi qu’au milieu de cette fiction, puisqu’elle introduit les personnages de l’entourage, les coupables supposés et les autorités, que l’on entend plusieurs fois en voix-off certains témoins de l’époque, ayant vieilli, venant se substituer à celles des personnages à l’écran. Le dispositif rajoute en effet une pointe d’émotion par l’aspect « témoignage » et interrogatif de ces passages, et est complété par une approche esthétique des aspects spirituels du peuple ici mis en avant (rêves, rapport aux chevaux, rituels…).
Si visuellement le résultat nous entraîne ponctuellement sur une autre vision du monde et sur d’autres rythmes, marquant les aspects paisibles des membres de la communauté Atikamekw, l’ulcération progressive face à l’inaction des autorités et la complaisance silencieuse vis à vis des deux blancs, tombe comme une enclume qui pèsera sur de nombreuses scènes, appuyant le message sur le racisme ambiant et le poids de la douleur, jusqu’à en mettre l’émotion à distance. De plus, certains effets, répétés, comme l’utilisation de reflets lumineux mouvants, sans doute liés au titre de « soleils », finissent par apparaître proches du cliché. En refusant le biais de l’enquête (certes inexistante à l’époque) ou d'un minimum d'explicatif quant aux us et coutumes, le film fait que la peine et l’hommage prennent le dessus sur tout, même la vérité et l’indispensable dénonciation.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
