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SNOW THERAPY

Un film de Ruben Östlund

Les nouveaux pères

Tomas et Ebba, un couple suédois, vient passer ses vacances d’hiver avec ses deux enfants dans les Alpes françaises. Ils prennent possession d’une magnifique suite parentale dans un hôtel de luxe, et se préparent pour leur première journée de ski. Alors qu’ils déjeunent dans un restaurant d’altitude en terrasse, ils sont témoins d’une avalanche sur le versant d’en face. Alors que le père filme la scène, la mère rassure les enfants, quand tout à coup, l’avalanche s’approche et le restaurant se voit recouvert d’un fin brouillard de neige. Alors que la mère a eu le réflexe de protéger ses enfants, le père a pris la fuite. Une fois l’incident terminé, le père revient à table. Femme et enfants vont alors changer de regard sur le fugueur...

Face à un grand danger, chacun peut avoir une réaction différente, qu’elle soit protectrice ou individualiste. Ici, le fait qu’un père de famille abandonne femme et enfants face à une avalanche est le prétexte choisi par le réalisateur pour parler de la structure familiale contemporaine, et notamment de la (nouvelle) place du père au sein de la cellule familiale. En effet, si hier le chef de famille était une figure patriarcale imposante et rassurante, les dernières décennies ont vu son rôle évoluer. Passant de celui qui ramène seul la nourriture sur la table et se fait servir, à celui qui est devenu l’égal de sa compagne, financièrement mais aussi à la maison auprès de ses enfants et dans les tâches quotidiennes. Les attentes des femmes envers les hommes ont donc évolué, mais n’ont pas modifié une chose : le besoin de réassurance et de protection qu’il est censé apporter à sa tribu. Une image de héros infaillible, qui prend ici potentiellement un coup dès le début du film.

Et c’est extrêmement habilement que le réalisateur, au travers de l'exploration de cette crise de couple et de confiance, va poser toutes ces questions sur les nouveaux « Adam », à partir de ce qui paraissait initialement comme un banal incident. Déviant légèrement le regard du spectateur, comme celui des autres membres de la famille, Ruben Östlund nous invite à observer la lâcheté, le dénie, l'honneur meurtri, et surtout la condamnation de cet homme qui ne semble avoir suivi que son instinct. D’abord honteux et silencieux face aux regards accusateurs de sa femme et ses enfants, le père nie en bloc ce dont on l’accuse. Face à des amis, il préfère raconter le caractère impressionnant mais inoffensif de l’incident, continuant à nier ainsi les faits qui lui sont reprochés. Ce ne sera que mis devant l’enregistrement vidéo de son téléphone portable qu’il ne pourra plus fuir la réalité…

Jouant à rendre absurde des situations anodines, telles un repas avec d'autres vacanciers, le scénario imprègne du besoin de psychothérapie familiale ou de couple, chacun des moments de ce séjour vacancier. Loin d’être seulement un film intellectuel ou philosophique, « Snow therapy » aborde avec humour tout nordique la remise en question du couple, de ses valeurs, de sa solidité et de sa structure. Il s'avère au final une comédie grinçante et hors norme, jouant sur le malaise de la perte de repère, et sur l'image de héros qu'est sensé incarner l'homme. Une image que le scénario remet subtilement en cause tout en disséquant et se moquant de son caractère nécessaire, en isolant progressivement le couple dans sa tension interne face à un milieu vide (les vues sur le domaine skiable et la montagne sont inédites et travaillées sciemment), ne condamnant personne, tout en affirmant la capacité de la femme à communiquer face à un homme préférant le mutisme et le renfermement. Un des films marquants de ce début d'année, fort justement récompensé en mai dernier par le Prix du jury Un certain regard à Cannes.

Veronique LopesEnvoyer un message au rédacteur

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