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SLEEP NO MORE

Un film de Edwin

Un film d’horreur à part, teinté d’une critique de l’exploitation ouvrière

Synopsis du film

Revenant dans la maison familiale suite à la mort de sa mère, ouvrière censée s’être suicidée, Petri revoit sa sœur Ida, qui croit qu’un démon avait pris possession de celle-ci. Alors que Petri prend la place de la mère à l’usine de perruques et de membres de substitution, Ida enquête en les lieux, remarquant d’autres morts suspectes. Pendant ce temps, leur frère Bona est retrouvé blessé, mais son oreille repousse étrangement…

Critique du film SLEEP NO MORE

Après "Un Fantôme Utile", film thaïlandais qui a reçu en 2025 le Grand Prix de la Semaine de la critique cannoise, voici qu’un autre film d’horreur, venu cette fois d’Indonésie, prend pour point de départ l’existence d’une sorte de démon au sein d’une usine. Là où le premier jouait sur le décalage humoristique de la possession (qui atteignait des objets et donnait à sa première partie une tonalité comique) et prenait ensuite une tournure politique liée à l’histoire du pays, "Sleep No More" assume pleinement son statut de film d’horreur du début à la fin, ce qui n’empêche pas un sous-texte politique lié à l’exploitation des ouvriers, par un capitalisme demandant toujours plus, jusqu’à l’épuisement.

En effet, les ouvriers et ouvrières travaillant dans l’usine sont incités à faire des heures supplémentaires, jusqu’à ne plus dormir du tout. Tout est en réalité fait pour que les travailleurs n’aient plus que l’usine dans leur vie. Un hymne accueille ceux ci le matin, avec fanfare et exercices physiques. Une chanson collective accompagne les célébrations et une prière d’ensemble se fait autour du repas du soir. Enfin, des annonces par une voix féminine détaillent les reconnaissances pour ceux qui ont fait le plus d’effort (un système d’étoiles), ainsi que les améliorations à venir (une royale pause de 15 minutes sera bientôt mise en place). Bien entendu, le cynisme est de mise et il prendra la forme de possessions que l’on ne détaillera pas ici, provoquant mutilations, sections de membres et autres joyeusetés gores.

Edwin s’amuse à jouer du miroir entre ce que produit l’usine (des prothèses, des perruques…) et ce qu’elle enlève à ses employés (des membres…), s’amusant avec la présence des cheveux, à la base-même du fameux démon. À partir d’effets spéciaux à 90% pratiques, le film fait son petit effet, de cette présence énigmatique qui manipule les employés, aux membres du frère Bona qui repoussent à peine coupés, donnant lieu à des formes monstrueuses. Dans l’ensemble "Sleep No More" est une réalisation efficace qui fait plusieurs fois bondir ou plisser des yeux et convoque des décors savamment pensés, pour représenter un aspect angoissant de l’usine, comme du bureau de cette cheffe (remarquable Didik Nini Thowok, à la stature rigide des plus étranges), représentation mentale surchargée de son lien traumatique avec la créature. Décidément les productions asiatiques horrifiques ont le vent en poupe.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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