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SLAUSON REC

Un film de Leo Lewis O'Neil
Avec Shia Labeouf...

Au cœur des dérives d’une star autodestructrice

Synopsis du film

En 2018, Shia LaBeouf décide de lancer sa propre compagnie théâtrale. Mais rien ne va se passer comme prévu…

Critique du film SLAUSON REC

Shia LaBeouf fait partie de ces comédiens dont le comportement alimente de nombreuses légendes. On dit de lui qu’il aurait vendu l’entièreté de sa garde-robe à Kanye West, ce qui aurait inspiré au rappeur la future marque Yeezy. Il se serait battu à de nombreuses reprises avec Tom Hardy sur le plateau de ''Des Hommes sans loi''. Il se serait arraché lui-même une dent pour rentrer dans le personnage de ''Fury''. Et puis, il y a ce que nous avons pu constater de ses diverses performances artistiques, l’amenant notamment à hurler des discours de motivation sur fond vert, regarder l’intégralité de sa filmographie dans une salle de cinéma ou encore arriver avec un sac sur la tête à la Berlinale. Indéniablement, l’acteur a une personnalité distincte du commun des mortels. Et le voir assister à la projection, dans le cadre du prestigieux Festival de Cannes, de ce documentaire qui le montre littéralement violenter de jeunes adultes, des fois mineurs, nous confirme sa place à part dans le paysage hollywoodien.

Le métrage s’ouvre évidemment sur lui, face caméra, avec une honnêteté déconcertante. L’histoire que nous allons découvrir sera celle d’un rêve qui s’est écroulé, de promesses non tenues, et d’un ego dévorant qui a plongé l’entreprise dans un chaos complet. Lorsqu’en 2018, via un message sur Twitter, Shia LaBeouf appelle aux gens de le rejoindre dans l’aventure Slauson Rec, il ne s’est pas lui-même vraiment où il veut aller. Il sort alors du tournage de ''The Tax Collector'' de David Ayer, et avec notamment l’une de ses co-stars, Bobby Soto, ils ont l’envie de partager leur passion du jeu autrement. Pas besoin d’avoir déjà pris des cours d’acting, cette troupe sera différente, un lieu d’expression où l’on ressent le théâtre plus qu’on ne le récite. D’ailleurs, le premier apprentissage sera des plus simples : se raconter en cinq minutes. Et à cet exercice, Shia LaBeouf fera preuve d’une intense sincérité, évoquant aussi bien son enfance dans un milieu de clowns que les tourments liés aux prises de drogue de son père.

Pendant trois ans, Leo Lewis O’Neil va capturer le quotidien de cette communauté, des rires aux accès de colère de plus en plus fréquents. Il y a bien un quelconque semblant de programme, avec des thématiques axées autour du texte, du son, de la lumière, des accessoires, des costumes et enfin de l’expression corporelle. Mais en réalité, pour l’ancien comédien de ''Transformers'', rien de tout ça n’a d’importance. Il est question d’un dévouement total à la scène, tout donner à chaque instant comme si notre vie en dépendait. Il n’y a que dans les extrêmes qu’on tutoie un instant de vérité. Le regard des autres ? Il léchera brutalement le sol pour montrer qu’il n’a pas de valeur. Plus qu’un enseignement, c’est une quête d’absolue que recherche l’acteur, une abnégation sans retenue et sans retour possible.

Vous l’aurez compris, lorsque les velléités d’un projet sont telles, difficile d’évoluer dans un environnement sain. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la toxicité sur le plateau ne sera pas inhabituelle. Ce qui aboutit à un résultat aussi dérangeant que fascinant. Car intrinsèquement, ''Slauson Rec'' est un grand film, au montage chirurgical, rythmé, exaltant, captivant, tantôt émouvant presque toujours épatant. Si ce n’était pas un documentaire, l’enthousiasme serait sans réserve. Oui, mais force est de noter que le spectateur se retrouve embarqué dans l’itinéraire d’un homme à la dérive, entraînant avec lui de jeunes individus qui l’adulent pour la plupart, multipliant les véhémences et les manipulations envers eux, en particulier auprès de certains sur lesquels s’attardent la caméra (dont l’acteur Ezekiel Pacheco).

Vision hallucinée et hallucinante d’un processus créatif gangrené par les maux de son instigateur, cette œuvre présentée sur la Croisette est un témoignage ahurissant de la psyché jusqu’au-boutiste de Shia LaBeouf. Ne recherchant pas la rédemption, même après une épiphanie presque risible si la situation n’était pas aussi problématique (« la manière dont je me parle à moi-même ne peut pas convenir aux autres »), la célébrité assume pleinement le sale type qu’il a été durant plusieurs années, au point d’être actuellement sous le coup de décisions de justice. Le tribunal fera son travail. Le jugement cinéphile est lui sans appel : ''Slauson Rec'' est une claque, une expérience unique, incandescente et in fine terrifiante.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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