SILENT FRIEND
Un projet d’une originalité folle, autour d’un arbre témoin de la communication entre humains
Synopsis du film
Un arbre, un ginkgo, dans un jardin botanique, est témoin et complice de plusieurs histoires sur plus d’une centaine d’années. En 2020, il assiste à l’arrivée d’un chercheur en neurosciences hongkongais interprété par Tony Leung, lui permet ayant développé une théorie nouvelle autour de l’activité cérébrale des nouveaux nés. L’époque du confinement isole celui-ci dans les lieux avec le gardien, peu loquace, ce qui va lui donner l’occasion d’étudier l’arbre. En 1908, il est le témoin de la candidature d’une femme, première à être admise dans cette fac, passionnée de botanique qui va devoir se mettre, par nécessité, à la photographie. Au début des années 70, deux étudiants, un garçon et une fille, s’intéressent à la capacité de décision des géraniums et vont peu à peu entamer une relation…
Critique du film SILENT FRIEND
Chacun des films de la réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi est devenu une véritable curiosité. Récipiendaire d’un ours d’or fort mérité à Berlin en 2017 pour le sublime "Corps et Âmes", où deux être partageaient les mêmes rêves, puis passée à Cannes avec le plus classique mais troublant "L’Histoire de ma femme" (avec Léa Seydoux), elle a présenté à Venise l’an dernier son nouveau long "Silent Friend", terme désignant le héros silencieux du métrage. Il s’agit en effet d’un arbre majestueux, un ginkgo (arbre qui peut vivre jusqu’à plus de 1200 ans), planté dans le jardin botanique d’une université allemande, qui sera le point d’articulation de 3 histoires, témoin ou complice des évolutions et relations des différents protagonistes, au travers les époques. Sa graine, en train de germer, filmée en accéléré, ouvre d’ailleurs ce film à part, qui ose un drame passionnant, onirique et ponctuellement romantique, autour de personnages de scientifiques. Dit comme cela, le pitch aurait pu décourager. Le résultat est tout juste brillant.
Tournant autour de l’existence d’êtres qui n’ont pas le même rythme que nous, humains, "Silent Friend", en s’intéressant aux réseaux de rhizomes, aux pulsions électriques qui relient les plantes, comme à leur réponse à des stimuli extérieurs, questionne également la capacité d’observation comme de communication de celles-ci, mises en parallèles de celles des êtres humains. Dans une mise en scène où le contemplatif (de multiples détails de feuillages, fleurs, ramures, portées par une photographie signée Gergely Pàlos…) côtoie des simulations en images de synthèses du système radiculaire, le film questionne aussi notre capacité, à nous humains, à communiquer et à faire preuve de bienveillance (envers les femmes, écartées un temps de l’éducation et des postes importants, envers d’autres manières de penser ou d’être). D'une fascinante beauté et d'une étrange tonalité, il s'agit là d'un des grands films de cette année 2026, qui a valu à la jeune Luna Wedler le prix de la révélation à la dernière Mostra de Venise, faute d’un prix plus élevé.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

