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SI TU PENSES BIEN

Un film de Géraldine Nakache

Un film intense sur l'emprise, porté par deux interprètes épatants

Synopsis du film

Gil a fait la rencontre Jacques, et est immédiatement tombée amoureuse. Les premiers temps semblaient idylliques, mais peu à peu l’attitude de Jacques lui laisse de moins en moins de liberté, celui-ci prétextant des rituels religieux pour contrôler le moment de leurs rapports, se montrant jaloux vis-à-vis d’un ex qu’elle pourrait croiser si elle se remet à travailler…

Critique du film SI TU PENSES BIEN

Passé par Cannes Première en mai dernier, où il avait déjà fait sensation, "Si tu penses bien" a depuis valu à Monia Chokri un prix d'interprétation au Festival du film francophone d'Angoulême. Il faut dire que chaque expression de l’actrice accompagne l’inquiétude, l’incrédulité, et la sidération que peut éprouver non seulement le personnage, mais aussi un spectateur découvrant les rouages de l’emprise dans le couple, ici décrits avec une minutie impressionnante. Bien entendu la prestation de Niels Schneider est aussi à saluer, en compagnon passant de l’enjôleur à l’ordurier, soufflant le chaud et le froid pour mieux déstabiliser, jouant de la culpabilisation, ou se faisant même passer pour victime. Le scénario, lui, cosigné Géraldine Nakache et David Lambert, semble renfermer tant de détails, notamment quant à l’utilisation faite par le mari de certaines pratiques de la religion juive pour mieux corseter sa femme, que l’on étouffe progressivement avec le personnage. Une religion qui est omniprésente tout au long du film, représentant tout autant un carcan imposé par le mari, qu’une voix d’émancipation (Gil dit à un moment fort justement : « ma foi a autant de valeur que la sienne », et le rabbin est particulièrement clair dans sa compréhension de ce qui est en jeu…).

La construction complexe du film, à partir d’une scène de bain purificateur (le mikvé), synonyme ici pour la protagoniste d’espoir d’une perspective de moment affectueux et intime, et pour l’homme de prétexte pour un refus éventuel, se fait en divers flash-back (notamment 6 ans avant pour un mariage spontané, marquant le début d’un processus d’isolement…, puis lors de moments clés de la vie du couple) et permet aussi au spectateur de bénéficier de moments de respiration, comme de violents retours vers la menace ou la torpeur. Chaque mot ou phrase revêt ici progressivement une valeur malsaine ou un poids, venant accabler ou enfermer un peu plus une femme d’une force admirable (« c’est toi qui décides », « il saura », « égoïste »...). Face à cette guerre d’usure qui embarque aussi les proches (formidable Clémentine Célarié dans le rôle de la mère de Gil), chaque spectateur pourra ainsi se poser en témoin, "Si tu penses bien" se contentant de décortiquer des faits, en gardant une distance salvatrice. Car au final seule une victime peut décider de s’en sortir et de couper réellement l’oppressant lien, mais chacun peut sans doute l’aider à ouvrir les yeux et à s’échapper.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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