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SHEEP IN THE BOX

Un film de Hirokazu Kore-eda

Une « box » mélancolique sur les difficiles guérisons

Synopsis du film

Dans un futur proche, il est possible de faire l’acquisition de robots humanoïdes quasi impossibles à différencier du reste de la population. Après le décès de leur fils, Otone et Kensuke décident de franchir le pas et d’adopter un clone de leur progéniture. Mais la familiarisation sera plus compliquée que prévu…

Critique du film SHEEP IN THE BOX

Habitué de la croisette, Hirokazu Kore-eda, auréolé de la Palme d’or en 2018 pour "Une affaire de famille" et reparti avec le Prix du scénario lors de son dernier passage ("L’Innocence"), revenait logiquement nous présenter son nouveau film à Cannes. Le postulat de départ avait de quoi intriguer et exciter, le réalisateur s’intéressant cette fois à l’intelligence artificielle et aux robots. Figures mythiques du cinéma depuis Fritz Lang et son "Metropolis", les productions de science-fiction ne se comptent plus. Mais ce qui titillait tant notre curiosité, c’était de voir comment le sensible metteur en scène allait s’emparer d’une telle thématique, lui qui nous a habitué aux récits intimistes. Rapidement, on comprend qu’on sera plus dans l’héritage d’un "Petit prince" que dans les œuvres de Philip K. Dick. Surtout, dès la séquence initiale, il devient évident que le vrai sujet du métrage sera une nouvelle fois un questionnement autour de la famille, ce qui la définit et la constitue, au-delà des liens du sang.

Nous sommes dans un futur très proche. Il est possible d’acheter des robots humanoïdes dont il n’est pas simple au premier regard de distinguer le subterfuge. Otone et Kensuke ont dû affronter l’irréparable, la mort de leur fils. Dans cette nouvelle opportunité technologique, ils voient un moyen de reprendre leur vie, être parents à nouveau, comme si de rien n’était, puisque ce clone aura tous les souvenirs de leur enfant. Évidemment, l’adaptation ne sera pas aussi instinctive et naturelle, et le cinéaste d’en profiter pour explorer les tourments de l’âme, la confusion des sentiments face à une situation inhabituelle. D’ailleurs, le mari et la femme ne réagiront pas du tout de la même manière, permettant à la narration de verbaliser les doutes et les craintes que chacun pourrait expérimenter dans un tel contexte.

Si le film se veut bienveillant et réussit à émouvoir à plusieurs reprises, le résultat est loin des standards habituels de Kore-eda, la faute à une construction extrêmement programmatique où chaque séquence ne fait que révéler ses rouages, à renfort de musiques emphatiques omniprésentes et discours trop appuyés. Pourtant, dans le portrait de ce foyer atypique, il y avait toute l’essence des obsessions du réalisateur, mais ici, l’agencement ne fonctionne pas complètement, créant un contraste avec ses précédents travaux. Tout a déjà été dit et raconté, et en mieux… Loin d’être dépourvu de qualités, "Sheep in the Box"nous rappelle toutefois que le cinéaste japonais peut lui aussi se tromper quelque peu de chemin, manquant de subtilité là où d’habitude ses œuvres brillent de cette qualité. Peut-être qu’une forme animée nous aurait en outre permis d’accepter un peu plus certains choix scénaristiques, en particulier dans la dernière partie. Mais dans ce conte onirique et élégant, l’auteur nous livre un message bouleversant : même les enfants robots rêvent de courir avec leurs amis et de cabanes dans les bois. Et c’est peut-être là la force de ce drame singulier, ne pas opposer humains et machines, mais réfléchir à comment l’un et l’autre s’influenceront inéluctablement. Et au vu de l’actualité, ce futur est déjà là…

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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