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SHE WILL

Un film de Charlotte Colbert

Sublime obscurité

Après avoir subi une double mastectomie, Veronica Ghent part passer sa convalescence dans la campagne écossaise avec sa jeune infirmière, Desi. Elle découvre que le processus d’une telle intervention chirurgicale soulève des questions sur son existence même, ce qui l’amène à s’interroger sur ses traumatismes passés et à les affronter. Les deux femmes développent un lien particulier alors que des forces mystérieuses donnent à Veronica le pouvoir de se venger dans ses rêves…

She will film movie

Chaque année, un coup de cœur parfaitement inattendu se fait attendre au tournant du côté du cinéma de genre. C’est donc chose faite avec "She Will", qui a déjà fait son effet dans de nombreux festivals, sur lequel notre dico des superlatifs était clairement insuffisant pour évoquer, définir et restituer pareille expérience de cinéma. Ce premier long-métrage de la réalisatrice Charlotte Colbert (retenez bien ce nom !) se donnait au premier abord – et sans doute en raison de sa récente sélection au festival de Gérardmer – des airs voisins d’un "Saint Maud" qui avait fait la razzia dans les Vosges il y a deux ans. Encore une histoire d’infirmière qui prend soin d’une femme célèbre ? On faisait déjà la grimace. On avait tort.

Dès le plan d’ouverture, on sent que le point de vue (de mise en scène) va être tout à fait différent, que le délire mystique ne prendra pas racine dans cette intrigue, et que cette convalescence post-mastectomie dans les Highlands écossais sera la promesse du passage vers un vaste monde intérieur, peuplé de forces mystérieuses et de traumatismes passés à affronter. Signalons d’entrée que le choix du cadre colle parfaitement au sujet : c’est dans ce territoire reculé que des centaines de sorcières furent autrefois brûlées vives, et c’est ici qu’une actrice âgée (extraordinaire Alice Krige), bien qu’entourée par un groupe de pensionnaires expérimentant les énergies telluriques, se confrontera [Attention Spoiler] à son passé d’enfant abusée par un cinéaste campé par Malcolm McDowell.

Filmant des effets miroirs pour mieux capter leur confrontation (le refoulement face au libre arbitre, l’isolement progressif de la vieillesse face aux élans de vie de la jeunesse), Charlotte Colbert dessine une parabole d’une incroyable subtilité, cherchant moins à flatter l’air du temps qu’à flotter dans les espaces les plus obscurs et les plus envoûtants de l’horreur psychologique. Mieux vaut donc ne pas voir "She Will" pour son portrait d’une femme qui titillerait votre indéfectible soutien à #BalanceTonPorc, mais parce que la beauté ahurissante de sa mise en scène, aux perspectives symétriques en lien avec le cinéma de Darren Aronofsky, porte ce propos et cette révolte par du symbolisme et du sensoriel à fond les ballons. Même le score envoûtant de Clint Mansell va jusqu’à convoquer certaines sonorités de "The Fountain" pour amplifier l’émotion et la lumière des sentiments dans cette ambiance poisseuse à souhait. Tout contribue à accoucher in fine sinon d’un chef-d’œuvre (on le pense quand même), en tout cas d’une expérience de cinéma absolument immanquable parce que dévastatrice. On va mettre un certain temps à s’en remettre.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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