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LE SENS DE LA VIE POUR 9.99 $

Un film de Tatia Rosenthal

Des marionnettes en quête de vie

Un homme sort de son travail en tentant vainement d'appeler un taxi. Un SDF l'aborde, lui demandant d'abord du feu, puis une cigarette. L'homme d'affaires lui rend ce service jusqu'à ce que le SDF, en sortant un pistolet de sa poche, lui demande un dollar pour un café. Se sentant menacé, l'homme d'affaires l'accuse de faire dans l'intimidation. Le SDF, lui assurant pourtant qu'il n'est pas en train de le braquer, retourne finalement l'arme contre lui assurant qu'il se tuera s'il n'obtient pas son dollar…

Les films d'animation en "stop motion" m'ont toujours quelque peu fasciné. En fait, il s'agit surtout de leurs auteurs. Toute cette minutie, ce sens du détail, cette immense patience pour construire non seulement les décors mais aussi parvenir à retranscrire un univers vivant à partir d'une multitude de choses inanimées provoquent en moi une profonde admiration envers leurs créations.

A ce titre, "Le sens de la vie pour 9.99$" est tout bonnement épatant. Dès les premières images, on assiste à des plans dignes de films traditionnels comme cette contre plongée sur un personnage allumant sa cigarette. Au fur et à mesure, on se rend compte de l'incroyable sens du détail de Tatia Rosenthal. Que ce soient les habits, les accessoires, les décors des appartements minutieusement travaillés ou les expressions des marionnettes, tout est œuvré pour rendre avec précisions les circonstances de la vie réelle. Au court des quarante premières minutes, tout est si similaire à un film traditionnel qu'on se demande légitimement: pourquoi en avoir fait un film d'animation? Tout l'intérêt d'un film d'animation n'est-t-il pas d'amener sa propre patte, de distordre la réalité ou bien d'emmener le spectateur dans des contrées totalement imaginaires?

Heureusement, pendant la deuxième moitié du film, de plus en plus d'éléments oniriques sont insérés conférant un aspect poétique aux malaises des différents résidents. Entre le retraité à la solitude quelque peu comblée par un ange hautain et désinvolte, un père de famille déprimé au teint blafard, Dave, son fils, un chômeur en quête de lui-même, Zack le petit garçon bien sage qui s'éprend de sa tirelire en forme de cochon, Ron qui, quitté par sa petite amie pour cause d'immaturité, commence à se laisser entraîner par trois vauriens de trois centimètres de haut et enfin le top model pour qui Lenny, le frère de Dave, est prêt à tout sacrifier, tous sont en quête du sens de cette chose qui les animent: la vie.

Malheureusement, entre un rythme assez faiblard et le fait que les marionnettes, si bien animées soit-elles, ne parviennent pas à remplacer totalement les mimiques et l'intensité du jeu de véritables acteurs, on n'entre jamais vraiment totalement dans la psychologie des habitants de cet immeuble. Ce qui est tout à fait regrettable considérant l'originalité de l'ensemble.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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