SEND HELP
Ne prenez pas sa gentillesse pour de la faiblesse
Synopsis du film
Suite à un accident d’avion, Linda se retrouve coincée avec son boss toxique Bradley. Une situation qui est proche de son pire cauchemar…
Critique du film SEND HELP
En plus d’avoir l’honneur d’ouvrir cette 33ème édition du Festival du film fantastique de Gérardmer, "Send Help" marque le retour du cinéaste Sam Raimi à ses premiers amours. Le papa de la saga "Evil Dead", "Spider-man" version Tobey Maguire et de "Jusqu’en enfer", décide de reprendre les rênes d’un genre qu’il a lui-même aidé à populariser en y imprégnant sa patte outrancière si reconnaissable. On croyait l’avoir perdu dans les limbes hollywoodiennes avec des échecs artistiques (commercialement les films ont marché) avec "Le Monde fantastique d'Oz" et "Doctor Strange In The Multiverse of Madness" qui n’avait que de Mad le nom. On le pensait définitivement contraint de rempiler derrière des projets sans âme, afin de faire vendre, grâce à la seule évocation de son nom, sans parvenir à maintenir l’auteur derrière les couches de superficialité qui entourent ce genre de productions.
On était cependant intrigués pas ce nouveau projet, d’autant plus qu’on a une franche affection pour Rachel McAdams qui s’est déjà maintes fois illustrée dans le genre de la comédie, mais peu dans le cinéma de genre, exception faite de "Red Eye" de Wes Craven en 2008 et de "Passion" de Brian de Palma face à Naomie Watts, en 2012. Elle incarne ici une employée de stratégie et communication, et non pas une comptable comme l’appelle son patron, qui fait écho à l’héroïne de "Jusqu’en enfer", Christine portée par Alison Lohman. Celle-ci n’était qu’une conseillère en prêt bancaire beaucoup trop gentille pour ce monde de brute et Linda en est son parfait miroir jusque dans le fait de se faire entuber par ses collègues (Xavier Samuel qu’on adore détester). Mais sa trajectoire sera tout autre. Linda paraît assez candide aux yeux de ses collègues, en marge, mais elle cache au fond d’elle une guerrière qui a passé sa vie à se rendre autonome et experte en survie sauvage étant fan du Koh Lanta américain (Survivor).
Elle se trouve ainsi en opposition à son nouveau patron, le jeune tête à claque Bradley, né avec une cuillère d’argent entre les mains, et avec un potentiel problème d’égo envahissant et toxique. Dylan O’Brien qu’on a connu via la franchise "Le Labyrinthe" interprète ce boss, lui qui nous avait déjà prouvé sa capacité à être physique dans l’action et juste dans l’émotion, mais son côté comique n’avait pas encore été exploité jusque-là. Seuls survivants d’un crash d’avion, Bradley est blessé et dépend totalement de Linda, son employée souffre douleur. Le renversement des rôles n’a rien de bien nouveau au cinéma, mais le cinéaste injecte un humour corrosif de chaque instant et instaure une tension qui nous empêche de nous reposer sur nos lauriers. Il se permet même quelques surprises durant son dernier acte, rien de bien foufou mais juste de quoi relancer la narration à un moment où elle aurait patiné.
Et quand l’équipe lâche les rênes et que le duo d’acteurs s’en donne à cœur joie dans la sauvagerie, le long métrage se dévoile pour ce qu’il est : une très bonne série B, bien shootée et bien écrite, avec un soupçon de fond aidé par une écriture ni trop grossière ni trop subtile qui permet de rendre compte clairement de son message en plus d’y distiller des subtilités pour celles et ceux qui seront attentifs. On ne va pas dire que c’est le meilleur film de Sam Raimi depuis "Jusqu’en enfer", la phrase est beaucoup entendue et réductrice. On dirait plus qu’on est content de voir de nouveau le cinéaste dans un bac à sable où il n’a pas (trop) les pieds et les mains liés, et qu’avec "Jusqu’en enfer", "Send Help" forme un diptyque très intéressant sur les persécutions sociales ainsi que leur retour de karma. Pour un film d’ouverture, on en demandait pas tant.
Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur


