SELON JOY
Une intrigue obscure pour aborder le manque de lien
Synopsis du film
Joy, orpheline, partage son temps entre jouer de l’orgue pour la messe et s’occuper des SDF de la ville portuaire où elle réside. Mais alors qu’un jeune homme, Andriy, un garçon de l’est, se fait tabasser par deux policiers en civil en sortant du confessionnal, elle décide de l’aider. Quand celui-ci lui dérobe son chapelet, elle le suit jusque dans un hangar désaffecté, où il squatte avec d’autres auprès de Mater, une dealeuse, qui propose à Joy de travailler pour elle…
Critique du film SELON JOY
Premier long métrage de Camille Lugan, "Selon Joy" a connu sa première mondiale au Festival de Venise, dans la section Giornate Degli Autori. Tourné notamment au Havre, aux inspirations formelles d’Abel Ferrara, le film se veut sans réels repères, inscrivant son action dans l’obscurité de la nuit ou de lieux marqués par l’industrie et l’abandon. Un abandon qui touche aussi les quelques personnages, regroupés autour de celui d’Asia Argento, alias Mater, la mère de ses petits dealer qu’elle exploite autant qu’elle protège. Entraînée dans ce milieu qui a pour QG un hangar portuaire déserté, le personnage de Joy s'avère imprégné par une religiosité abstraite, qu’elle semble remettre peu à peu en question, préférant le contact humain en la personne de Andryi (l’acteur ukrainien Volodymyr Zhdanov).
Mais dans ces lieux égarés, marqués par la drogue et la corruption policière, on ne sait pas trop où la réalisatrice-scénariste veut en venir, décrivant le parcours d’une sorte d’ange cherchant la déchéance. Si l’influence revendiquée de Ferrara est moins évidente sur le fond, c’est sans doute que les personnages restent pour la plupart à l’état d’archétypes, et les quelques scènes d’usage de drogue et de fête sentent le manque de moyens, annihilant toute la sensualité souhaitée, ou pire, sur la fin, servant de cache misère face à ce qui devrait être une scène d’action, engloutie sous des effets stroboscopiques. Heureusement, la jeune Sonia Bonny, découverte dans "Le Théorème de Marguerite", surnage dans cette ambiance nocturne, de ville morte ou industrielle, et parvient en partie à transmettre la candeur d’une jeune femme en manque de lien.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
