SAUVONS LES MEUBLES
Une approche trop hétérogène
Synopsis du film
Lucille, photographe, retourne précipitamment chez ses parents, car la santé de sa mère s’est aggravée. Sur place, elle et son frère Paul découvrent progressivement une inquiétante accumulation de dettes…
Critique du film SAUVONS LES MEUBLES
Dans la scène d’introduction, la présence, dans son propre rôle, de Benoît Hamon – qui se fait photographier par le personnage incarné par Vimala Pons – donne l’impression que "Sauvons les meubles" aura une dimension politique ou sociale importante. Pourtant, cela se limitera ensuite à quelques répliques critiquant les mécanismes qui poussent certaines personnes à un niveau catastrophique d’endettement. Cette remarque est représentative d’un projet relativement bancal, car le film en entier n’est qu’un enchevêtrement de tonalités et de situations qui ne parviennent jamais vraiment à faire un tout, malgré un récit linéaire tout à fait simple et des liens familiaux explicites entre les personnages.
Pour son premier long métrage en tant que réalisatrice, Catherine Cosme (avant tout active dans le milieu du cinéma comme décoratrice et d’ailleurs récemment césarisée pour cela grâce à "L’Inconnu de la Grande Arche") crée des personnages attachants et s’empare d’un sujet assez peu abordé au cinéma : le surendettement. Le scénario, qu’elle a coécrit, est globalement cohérent et intéressant, entre autres parce qu’il met les personnages dans une situation de dilemme émotionnel : comment à la fois accompagner une mère mourante et s’opposer à elle à cause de la situation financière dans laquelle la famille est plongée par sa faute ?
D’un point de vue des protagonistes, "Sauvons les meubles" parvient à trouver cet équilibre d’émotions, les montrant tour à tour en colère, émus ou partageant des moments de joie – l’une des plus belles scènes est celle de la complicité retrouvée entre la mère et sa fille durant une séance photo improvisée dans la chambre. Vimala Pons est, comme souvent, magistrale dans le rôle de la fille ; Guilaine Londez joue sa partition de mère avec une grande authenticité ; et le méconnu Jean-Luc Piraux est ultra touchant dans le rôle du père « à l’ouest ».
En revanche, les personnages secondaires manquent de substance et même de crédibilité : l’infirmière, la banquière, le moniteur d’auto-école… Ces derniers servent en grande partie la vocation comique du film, qui tente d’alléger le drame par des situations décalées. L’intention est louable et le rire est bien là chez le spectateur, mais la plupart de ces scènes s’intègrent très mal dans le récit, pour des raisons diverses : elles arrivent comme un cheveu sur la soupe (la séquence dans l’auto-école est très drôle, mais rien ne justifie son insertion assez brutale dans le montage), elles s’écartent trop du ton global, elles proposent soit des stéréotypes soit des situations grotesques... Cette instabilité et ce manque de liant peuvent malheureusement plomber l’adhésion du public, alors même que l’ensemble du film ne manque pas d’intérêts ni de qualités. Pour terminer avec une note plus positive, la scène finale est plutôt réussie, notamment parce qu’elle parvient à la fois à être joyeuse et émouvante – dommage que cette homogénéité n’ait pas été trouvée sur la globalité du métrage.
Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur
