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LE SANCTUAIRE

Un film de Corin Hardy

Fées, forêt et champignons

Adam et Clare Hitchens ont quitté Londres avec leur fils Finn afin de s’installer en Ireland, où Adam vient d’être muté. Il travaille dans une forêt sur le point d’être déboisée, ce qui n’est pas du tout du goût de certains habitants du village voisin. Mais d’étranges forces habitent cette forêt, et bientôt, la famille se retrouvera confrontée aux gardiens de ce « sanctuaire »…

C'est une ambiance particulièrement bucolique que nous propose Corin Hardy dans ce film. L'univers est empreint du mystère entourant le folklore irlandais. Un folklore auxquels les personnages secondaires semblent croire dur comme fer bien que nous soyons en 2016 et que les fées et les leprechauns aient quelque peu perdu de leur crédibilité. Le réalisateur revendique d'ailleurs ces influences en décrivant son film come "un conte de fées contemporain et horrifique". À la manière du "Labyrinthe de Pan" que Hardy cite comme une de ses inspirations, "Le sanctuaire" voudrait embarquer son spectateur dans un univers onirique fait de légendes et de personnages fantastiques.

Sauf que là, ça ne marche pas du tout ! En effet, dans "Le labyrinthe de Pan", Guillermo de Toro développe deux univers subtilement liés mais restant tout de même bien distincts l'un de l'autre. Le monde du rêve et du fantastique n'est vu qu'à travers les yeux d'Ofelia, les adultes étant aux prises avec des problématique bien plus réalistes. Dans "Le sanctuaire", réalité et rêve sont complètement entremêlés dans une sorte de grand n'importe quoi empêchant la moindre immersion. Le fantastique est mis en avant avec la subtilité d'une blague de Toto : grimoire et mystérieuse mise en garde du voisin, tous les clichés sont là pour rendre crédible une sombre histoire de l'enlèvement d'un enfant par les esprits de la forêt.

Mais nous sommes encore loin du salmigondis que devient le film lorsqu'on y ajoute une histoire de contamination au Cordyceps, un champignon capable de contrôler les actions de certains insectes. Un pan de l'histoire grâce auquel les maquilleurs FX s'en sont donnés à cœur joie.
Mais ce patchwork ne serait pas un vrai problème s'il était maîtrisé et intelligemment utilisé, ce qui n'est pas le cas ici. En effet, Hardy s'affranchit parfois de toute vraisemblance afin de faire avancer son intrigue dans la direction souhaitée. Comme lorsqu'une armée de créatures attaque la famille en dehors de la maison et que quelques minutes plus tard elles semblent avoir complètement déserté les alentours pour permettre à un autre danger de prendre le dessus. On croirait suivre l'histoire racontée par un gamin de 4 ans mélangeant ses vacances à la campagne avec l'histoire que son papa lui a raconté la veille et le dessin animé qu'il a vu le matin. Bref, le résultat est confus et hautement improbable.

Les principaux points positifs du film sont une lumière et des décors assez bien réussis. L'ambiance froide et humide de la forêt est retranscrite avec un certain esthétisme qui permet au film de ne pas totalement sombrer. Malgré tous ses défauts, "Le sanctuaire" a obtenu le prix du Meilleur Film d'Horreur aux Empire Awards 2016 face à "It Follows" – grand vainqueur du festival de Gérardmer 2015 – et "Crimson Peak", le dernier film de l'immense Guillermo del Toro. Une histoire incroyable, mais vraie… Certains palmarès resteront un mystère total, un peu comme ces fées/champignons/gardiens de la forêt/voleur d'enfants…

Adrien VerotEnvoyer un message au rédacteur

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