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SAM FAIT PLUS RIRE

Un film de Ally Pankiw

Thérapie du rire

Synopsis du film

Une humoriste de stand-up arrondit les fins de mois en travaillant en tant que nourrice. Mais lorsque Brooke, la jeune fille dont elle s’occupait, disparaît, elle voit son quotidien ébranlé, ne sachant plus quel rôle elle doit jouer…

Critique du film SAM FAIT PLUS RIRE

Le titre français est plutôt évocateur, "Sam fait plus rire"; le film ne sera pas une comédie, en tout cas de moins en moins, les blagues se transformant en un outil de résilience, l’humour tel un refuge contre les traumatismes silencieux. Pourtant Sam est bien une habituée du stand-up, elle qui arpente les comedy clubs depuis des années. Mais les gens ne l’amusent plus, ses vannes ont un goût de réchauffé. Non, elle a perdu le sens aiguisé de la punchline. À moins que ce soient les fantômes du passé qui l’empêchent de s’épanouir pleinement. Car comme l’impose souvent la vie d’artiste, la jeune femme a multiplié les jobs à côté de sa carrière, et notamment celui de nourrice.

Entre présent et flashback, le spectateur découvre sa relation avec Brooke, une adolescente déboussolée par la maladie de sa mère. Les deux ont noué un lien fusionnel, une amitié qui cache une sororité de maux plus profonds. Elles se parlent sans détour, se détestent pour se montrer qu’elles s’aiment, deviennent inséparables. Mais le temps a passé, et aujourd’hui, Brooke a disparu. Quelle part dans les recherches doit occuper la protagoniste ? Voici la première question existentielle d’une œuvre profondément pudique et sensible. La suite sera bien moins un thriller façon intrigue policière qu’un drame mélancolique sur les difficiles reconstructions d’âmes abîmées dans leur chair.

Avec un traitement proche du récent "Sorry, Baby", le métrage d’Ally Pankiw séduit par son portrait d’une victime loin des images habituelles, où le chemin d’un éventuel bien-être retrouvé prend des virages tortueux, où l’on pleure plus souvent que l’on rigole, et où un pas en avant ne garantit en rien d’éviter dix enjambées en arrière. Ici, pas d’épiphanie ou de dépassement de soi extraordinaire, c’est dans la banalité de la réparation que "Sam fait plus rire" trouve sa beauté, dans son refus de l’artificialité pour coller au plus près des visages et des cœurs.

Rachel Sennott (déjà remarquée dans "Shiva Baby" sur Mubi et "Bottoms" sur Prime Video) voit enfin un de ses projets diffusés dans nos salles obscures. Un grand écran était le minimum pour admirer la performance impressionnante de la comédienne, multipliant les tonalités avec une aisance déconcertante. Légèrement trop démonstratif pour susciter un engouement total, le film confirme toutefois le regain de forme du cinéma indépendant américain. Et justifie indéniablement l’achat d’un billet pour profiter de la climatisation durant la fournaise de l’été.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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