SALVATION
Un thriller teinté de superstition aussi glaçant que réussi
Synopsis du film
Turquie. À proximité d’un village à moitié en ruines, situé à flanc de montagne, deux corps sont traînés et mis dans un pick-up accompagné par des soldats. Dans cette sorte de citadelle, une sorte de chef de clan félicite les soldats. Mais dans le village du bas, situé dans la plane, les anciens habitants issus d’un autre clan, doivent revenir sur leurs terres, forçant des habitants du village haut à laisser des terres qu’ils cultivent depuis des décennies, ou à redevenir leurs servants. La solution que certains entrevoient est d’obtenir le statut de gardiens du village, auprès des soldats, dans le cadre d’une opération antiterroriste…
Critique du film SALVATION
Auteur de "Derrière la colline" et "Burning Days", le réalisateur turc Emin Alper est revenu au Festival de Berlin en début d’année présenter "Salvation", un thriller impressionnant de tension qui a été récompensé d’un fort mérité Grand Prix du jury. Nous immergeant dans la couleur cuivrée, presque irréelle, de sa photographie, souvent nocturne, le film exploite à merveille la dichotomie entre un village haut à flanc de formation rocheuse, aux rues torturées, et un village bas situé dans la plaine, là où se situent des champs fertiles. Car entre les deux c’est un conflit qui va progressivement couver, avec le retour annoncé d’un clan venu récupérer ses terres et l’opposition grandissante de ceux dont les familles se sentaient autrefois exploitées par celui-ci.
Le film s’ouvre avec la récupération de deux corps par des hommes du village, armés , entourés de soldats. Puis l’auteur introduit rapidement les protagonistes (le cheikh, son frère qui attend un enfant, un des hommes armés du village, un cultivateur qui refuse de rendre son terrain…), nous plongeant ainsi au cœur d’enjeux stratégiques pour cette communauté, se muant en jeux de pouvoir et d’influence, auxquels il mêle habilement des questions de tradition, de superstitions et d’enjeux de survie, le tout sur fond de lutte contre le terrorisme. Ainsi, Emin Alper convoque des présences surnaturelles comme des présages, et utilise, notamment lors de cauchemars torturés, les ombres et recoins afin de mieux employer la suggestion. D’une silhouette de femme qui se jette d’un mur à des cris d’enfants, d’une explosion dans le village du bas à des rumeurs d’armement de villageois de l’autre cas, en passant par des doutes sur les relations entretenues par la femme enceinte avec celui qui l’employait, le terreau pour un maximum de paranoïa se développe peu à peu.
Le scénario s’épaissit rapidement, aidé par son brillant interprète principal (Caner Cindoruk), au regard de plus en plus habité , et tend à l’universel et à la parabole politique. Il s’appuie ainsi sur le complotisme alimenté par un homme détournant les croyances au profit de son propre pouvoir, et aborde intelligemment la notion de frappe préventive (l’un des personnages déclare notamment « finissons en avec cette guerre, avant qu’elle ne commence »), la menace terroriste devenant un instrument à d’autres fins. Il en résulte un redoutable thriller aux résonances politiques chocs très actuelles, qu’il s’agisse de parler du sujet de l’immigration, de l’utilisation belliqueuse de la religion ou de l’armement individuel. "Salvation" restera ainsi sans doute l’un des meilleurs films de cette année 2026.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur


