Banniere Festival de Cannes 2021 sélection quotidiennes critiques

SAINT MAUD

Un film de Rose Glass

Un grand prix de Gérardmer des plus percutants

Maud est infirmière à domicile. Arrivant dans un petit village côtiers avec ses valises, elle doit monter une importante pente pour se rendre dans une grande demeure perchée sur la colline dominant la ville. Elle est là pour prendre le relais auprès d’Amanda, une danseuse célèbre aujourd’hui clouée dans un fauteuil roulant par la maladie, que sa prédécesseure qualifie de « garce ». Une fascination réciproque semble s’installer, Amanda étant curieuse de la dévotion de Maud, et Maud intriguée par le courage et la classe d’Amanda, auquel son lymphome laisse peu de répit. Jusqu’à ce que la liberté d’Amanda commence à heurter les croyances de Maud…

Saint Maud film

"Saint Maud", multi-primé au Festival de Gérardmer 2020, avec à la fois le Grand Prix, le Prix de la critique, le Prix du Jury Jeunes et celui de la meilleure musique, s’ouvre sur une scène mystérieuse dans laquelle on peut distinguer une femme, les cheveux dégoulinants de sang, ainsi qu’une infirmière prostrée dans un coin de la pièce. Il introduit ensuite rapidement son personnage principal, Maud, infirmière, au travers de quelques scènes du quotidien, liées aux tâches qui lui sont assignées dans la maison, ou lors de ses rares sorties en ville, alors que sa patiente reçoit un ami ou une jeune femme plantureuse. Faisant rapidement partie du décor, Maud doit ainsi se confronter aux habitudes de vie d’Amanda, qu’elle commence à réprouver, alors que sa propre voix, en off, est utilisée pour évoquer son supposé rapport direct avec Dieu.

Dessinant peu à peu la mission dont celle-ci se sent investie (sauver les autres, et notamment ici l’âme d’Amanda), la réalisatrice tisse avec tact la relation toxique qui s’installe progressivement entre Maud et sa patiente, et qui connaîtra de nombreux soubresauts. Travaillant les couleurs et la lumière de cet intérieur chaleureux mais vite étouffant que constitue la demeure, Rose Glass, dont c’est ici le premier long métrage, construit avec une louable sobriété d’effets, une inquiétude allant crescendo, alors que les crises de la jeune femme et ses visions se matérialisent aussi pour le spectateur. Pris en étau entre réalité et délire mystique, celui-ci doit est forcément en proie au doute, devant faire face à une sorte de transe orgasmique dans des escaliers, ou à la traduction d’une soirée trop arrosée par une manifestation des plus troublantes.

Pour renforcer le trouble, elle introduit de plus quelques personnages extérieurs, faisant douter du passé serein de l’infirmière. Mais surtout, elle a donné le premier rôle à la jeune actrice Morfydd Clark ("Orgueil, préjugés et zombies"), qui s’impose par sa capacité à naviguer entre béate naïveté et détermination farouche. Face à elle, le choix de Jennifer Ehle ("Brooklyn Village", "Zero Dark Thirty", "Le Discours d'un roi"), parfaite de douce ambiguïté, s’avère particulièrement judicieux. Et ce délire mystique d’une infirmière bien intentionnée trouve une conclusion à la hauteur de sa brillante et perturbante mise en scène, dans une scène finale dont les images auront sans doute bien du mal à quitter votre esprit. On attend donc le second long de Rose Glass avec une certaine impatience.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

Laisser un commentaire