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RUE MALAGA

Un film de Maryam Touzani

Une comédie dramatique portée par la géniale Carmen Maura, entre finesse, drôlerie et émotion

Synopsis du film

Maria Angeles, Espagnole de 79 ans, est restée vivre à Tanger, dans le nord du Maroc, malgré la perte de son mari il y a une vingtaine d’années et le départ de sa fille Clara, infirmière, pour Madrid, où celle-ci élève désormais seule ses deux enfants, Sonia et Victor. Débarquant en ville, cette dernière, divorcée et ayant besoin d’argent, émet le souhait de vendre leur appartement marocain, qui est en réalité à son nom. Résignée au bout de quelque temps, Maria Angeles vend meubles, trie des vêtements, donne à sa voisine son plat à paella, s’installe dans une maison de retraite locale. Mais rapidement excédée, elle organise un faux départ pour Madrid et réussit à se cacher dans son ancien appartement, où des visites d’acquéreurs potentiels ont lieu…

Critique du film RUE MALAGA

Maryam Touzani ("Adam", "Le Bleu du Caftan") est une orfèvre en terme de gestion des sentiments, souvent contrariés, de ses personnages, dont elle décrit aussi bien les élans que les moments de révoltes ou de compassion. Passé par la section Venice Spotlight de la dernière Mostra de Venise, "Rue Malaga" est un vrai délice, grâce à l’équilibre entre drame familial et comédie émancipatrice, dans lequel elle oppose le quotidien régulé d’une maison de retraite marocaine pour nationaux espagnols (la journée type exposée par le directeur peut être vu comme un parallèle de l’enfermement au couvent de sa récurrente amie religieuse) et la liberté retrouvée de cette femme âgée, en sorte de fantôme dans son propre appartement.

Ayant su insuffler de beaux moments comédies dans un récit au départ plutôt plombant (la confrontation initiale de la mère et de la fille est particulièrement tendue), Maryam Touzani évite de ainsi de se focaliser uniquement sur le conflit central autour de la vente de l’appartement et de la récupération des affaires. Et c’est en employant Carmen Maura, dans lequel rôle principal, que tout le film devient à la fois lumineux, l’interprète de "Les Femmes du 6e étage", "Volver" ou encore "Mes chers voisins" trouvant ici l’un de ses plus touchants rôles, entre crispation et regains de malice. Une femme au naturel avenant (exposé brièvement dans la scène d’ouverture au marché, où elle semble connaître tout le monde et irradie d’un grand sourire) qui prend rapidement le dessus, après une phase de résignation, pour mieux nous amener vers la comédie, mais aussi un nouvel éveil à le sensualité.

Renaissance, sensuelle comme sociale, d’une femme vieillissante, "Rue Malaga" incline vers la comédie, en permettant l’expression de petites joies de la vie, qui s’opposent à une forme de retrait du monde (incarnée par les moments de confession à son amie nonne – dont un absolument mémorable…) ou à des règles trop strictes (le plan malin lié aux matchs de foot et à la consommation de bière, viendra forcément heurter les pratiques locales, tout du moins officielles…). Sans autre prétention que de donner voix au chapitre à une personne âgée, trop souvent considérée comme sans perspective d’existence voire sans importance, le film est au final une magnifique ode à la vie : une vie qui trouve sa voie, quel que soit l’âge.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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