ROYA
Un exercice de style contre-productif
Synopsis du film
Pour des raisons politiques, Roya, une enseignante iranienne, est emprisonnée arbitrairement à Téhéran. Des aveux forcés pourraient lui rendre sa liberté…
Critique du film ROYA
Au départ, on ne peut qu’avoir de l’empathie pour le projet de Mahnaz Mohammadi, puisque son film s’inspire de son propre vécu, elle-même ayant purgé plusieurs mois dans la terrible prison d’Evin, à Téhéran. Pour faire ressentir cette expérience, la réalisatrice choisit un dispositif éprouvant pour ouvrir "Roya" : de très longues minutes en vue subjective de l’héroïne alors que celle-ci a généralement la tête recouverte ou est contrainte à regarder le sol. Il en résulte une ouverture digne d’un film expérimental ou d’une performance d’art contemporain, qui met le public à rude épreuve. L’intention est louable : on parvient effectivement à ressentir l’angoisse du personnage et l’humiliation qu’elle subit.
Le problème, c’est que le jusqu’au-boutisme artistique du film devient vite trop performatif, que l’interprétation est franchement appuyée et que la mise en scène finit par être alourdie par ses effets de style, par exemple quand il s’agit de rappeler l’enfermement au sein de l’appartement (barreaux aux fenêtres, néon qui clignote…). Le scénario est volontairement confus dans ses repères spatio-temporels, avec un récit qui verse dans le film à clé, mais il finit par être aussi contre-productif que la forme, car on ne sait plus vraiment s’il s’agit de dénoncer l’inhumanité du système policier et carcéral iranien ou si on assiste à la folie d’une femme qui ne sait plus faire la différence entre ce qu’elle a vécu et ce qu’elle a imaginé. Tout cela est voulu, évidemment, mais l’artificialité prend le pas sur l’authenticité, et le projet s’écroule pour devenir tristement vain.
Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur
