Banniere-Berlinale-2019

ROULEZ JEUNESSE

Un film de Julien Guetta

Une vraie bonne surprise pour cette fausse comédie jamais en panne d’inspiration

Alex est dépanneur. Alors qu’il rentre chez lui, il tombe sur une voiture stationnée sur le côté de la route et une conductrice en détresse. Sur son insistance, il accepte de la raccompagner, finit chez elle, puis dans son lit. Mais le lendemain matin, les ennuis commencent : la femme a disparu et il se retrouve avec trois gosses et un chien sur les bras…

Il y a deux Eric Judor au cinéma : celui des comédies françaises dont le niveau intellectuel ne dépasse jamais la hauteur du rez-de-chaussée de la tour Montparnasse (« Les Dalton », « Halal, police d’Etat », « Double zéro ») et les autres, en gros les films de Quentin Dupieux (« Wrong », « Wrong cops »). Vers quelle catégorie allait-on nous retrouver face au film du scénariste du « Petit locataire » et qui signe ici son premier long-métrage ? Et bien indiscutablement vers la seconde, car en plus d’être un bon scénariste, Julien Guetta sait aussi mettre en scène ! Son histoire est assez originale : un dépanneur de 43 ans, qui vit toujours seul à côté de chez sa mère, se retrouve avec trois gosses sur les bras – qui ne sont pas les siens – après le départ surprise de leur mère en plein milieu de la nuit. Comment gérer son travail et faire plaisir à maman qui souhaite lui léguer l’entreprise quand personne ne vous aide dans vos démarches pour faire prendre en charge les gamins ? Ni l’école, ni la Police, ni l’assistante sociale, ni même ses collègues n’y mettent du leur. La première partie du film est un petit régal de situations catastrophiques qui s’enchaînent, loin du vaudeville, des quiproquos faciles ou autres imbroglios idiots. La crédibilité des saynètes donne du poids à l’histoire car pour une fois on se demande vraiment ce que l’on aurait fait à sa place dans ce genre de situation. Et probablement des choix proches de ceux auxquels on assiste (même si pour le coup, le personnage n’a vraiment pas de chance avec son propre entourage).

Le tempo du film nous tient en haleine grâce aux multiples intrigues : que vont devenir ces enfants ? où est passée leur mère ? est-ce qu’Alex conservera son emploi ? On suit ces aventures avec un certain intérêt, d’autant que les personnages qui gravitent autour d’Alex sont pour la plupart hauts en couleurs. À commencer par les enfants : Kurt, interprété par Ilan Debrabant, est irrésistible avec son franc-parler et sa débrouillardise, tandis que Tina, jouée par Louise Labeque, concentre en elle tous les problèmes adolescents avec beaucoup de convictions. Chez les adultes, on retiendra surtout Laure Calamy dans la peau de Nelly, l’assistante sociale, qui n’a pas non plus sa langue dans sa poche ! Et Eric Judor me direz-vous ? Il assure ! Bien sûr, dans le registre comique, il excelle. C’est un peu Pierre Richard dans le rôle d’un homme un peu lunaire, un peu maladroit mais plus justement dosé par Julien Guetta pour ne pas en faire un mec dans l’excès, ce qui conduit souvent à une certaine stupidité. Et puis Eric Judor se révèle également très juste dans les moments plus dramatiques, et il y en a plusieurs ! Dommage que le lien mère-fils ne soit pas plus exploré que cela, Alex réglant un peu trop facilement son problème de cordon. On se régale devant ce petit film indé, pas comme les autres, jusqu’à sa fin qui ne tombe pas le piège du manichéisme. Un cinéaste à suivre donc !

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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