ROMERIA

Un film de Carla Simón

Un film sensible et bouleversant, sur une jeune fille en quête de lien

Synopsis du film

Marina, la vingtaine, orpheline adoptée dans l’enfance, a besoin d’un certificat de paternité afin de pouvoir demander une bourse pour l’université. Passant dans des endroits que sa mère a décrits dans des lettres, comme la baie de Pontevedra et Vigo, elle filme au caméscope son voyage en Galice, à la rencontre de la famille de son père, dont elle n’a pas de souvenirs. Elle fait progressivement la connaissance de ses deux oncles et deux tantes, ainsi que de ses nombreux cousins et cousines, livrant chacun des bribes d’un passé que les grands parents auraient sans doute préféré oublier…

Critique du film ROMERIA

Carla Simón, réalisatrice du lumineux "Été 93" et de "Nos Soleils", film proche du documentaire autour d'une famille de maraîchers catalans, nous revient avec un film rude mais bourré de l’élan de la jeunesse et d’un espoir effronté. Si ses deux premiers longs métrages sont passés par la Berlinale, où le deuxième a d’ailleurs remporté l'Ours d'or, "Romeria", récit dense de la découverte de racines encore floues, n’aura malheureusement pas convaincu le jury de Cannes l’an dernier. Déplaçant cette fois-ci son intrigue en Galice, aux alentours de la ville de Vigo, elle crée une histoire partiellement autobiographique, sous forme de chronique douce-amère mettant en scène une jeune catalane en quête de lien avec ses deux parents disparus, dans une région et auprès de gens qu’elle ne connaît pas. Un périple pour Marina, qui est en réalité construit en miroir des lettres ou du journal intime de sa mère, disparue quelque temps après son père, les images vidéos tournées par le personnage constituant un lien ténu et chargé d’émotion.

Porté par une jeune actrice tout juste épatante, Llúcia Garcia, en étudiante venue à la rencontre d’une famille (très) nombreuse, comme il en existe fréquemment en Espagne, il sera l’occasion pour celle-ci de poser des questions, chacun livrant des bribes d’informations sur la mort du père, la manière de vivre de ses parents, et ce que certains auraient sans doute préféré maintenir caché. Intelligemment composé et parfaitement dialogué, le film montre à la fois la relativité du passé, selon qu’il est vu par les uns ou les autres (oncles et tantes, cousins, grands parents), mais aussi la fragilité de souvenirs souvent empreints de subjectif, les écarts obligeants finalement à déterrer quelques secrets familiaux peu glorieux. Au-delà, s’il ne constitue pas une parabole politique explicite concernant le pays, "Romeria" interroge tout de même sur la capacité de générations à regarder en arrière et reconnaître certaines erreurs.

Mais c’est au final un vent de liberté qui souffle sur ce long métrage des plus émouvants, chapitré par dates du séjour de Marina, accompagnées à chaque fois d’une interrogation de sa part, et dans lequel le rapport à la mer a une réelle importance. Relatant finalement l’affirmation d’une personnalité de femme adulte, l’une de ses dernières paroles marque intelligemment l'aboutissement de sa démarche et l’acceptation d’une réalité liée à son père. Avec une grande subtilité, Carla Simón, qui adopte une nouvelle fois une caméra portée proche du documentaire, sauf dans un passage onirique vers la fin marquant la volonté de garder une image positive d’un couple de parents amoureux, traite brillamment de la filiation et des secrets de famille, ancrant les souvenirs des uns et des autres dans des années 80 tout sauf anodines, pour mieux révéler le fonctionnement complexe d'une famille.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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