RIEN N'EST OUBLIÉ
Évocation en creux, de vies en sursis
Synopsis du film
À Bangui, capitale de la Centrafrique, dans l’enceinte du musée national, les murs de la cour retracent des pages de l’histoire du pays et de la décolonisation. Mais une bonne partie des collections reste enfermée dans des caisses en bois. En ce pays instable, où le gouvernement se fait aider des Russes pour mâter les rebèles, chacun vient pourtant travailler dans cette grande maison coloniale, du conservateur à l’adminisatrateur. Quant au vieux gardien, sans le sou, il habite ici et tâche de survivre…
Critique du film RIEN N'EST OUBLIÉ
Avec "Rien n'est oublié", documentaire qui se maintient dans l'enceinte du musée national à Bangui, capitale de la Centrafrique, c'est moins finalement la mémoire de la vie sous régime colonial, que le danger lié au pouvoir en place qui se révèle au fil des entretiens. La voix de la réalisatrice vient questionner en douceur, aussi bien le conservateur, l'administrateur, les employées, que le gardien, en réalisé SDF ayant élu domicile sur place. Avec pour fond récurrent des flashs informations alarmant à la radio, faisant état de combats face à des rebelles, dénonçant un article du New York Times visant les exactions des soldats de l'armée, ou avertissant de tentatives de déstabilisation... L'air de rien, ces nouvelles dirigées par le pouvoir en place viendront à l'appui de ce que révèle le film : l'absence de réelle liberté de parole et la position d'attentisme des populations.
Cette dernière est d'ailleurs à l'image de ce musée, où la plupart des oeuvres sont emballées dans des papiers et caisses en bois, se décomposant pour certaines, et faisant commenter à la réalisatrice « ça ressemble un peu à des cercueils » : comme en attente de quelque chose, que cette indépendance de 1959 (érigée en symbole, comme l'homme qui donne son nom au lieu, Barthélemy Boganda, mort dans un crash peu après son élection), prenne une autre forme que des coups d'Etat et un pouvoir au main des militaires. Montrant finalement en creux l'instabilité et la chappe de plomb qui maintiennent les habitants dans la fatalité et le silence, aucun n'osant finalement s'exprimer sur le passé colonial ou la situation actuelle (les paroles de Joseph, l'administrateur, différenciant « politique », exclusivité des politiciens, et sa « politique » à lui, familiale, seule sur laquelle il prétend avoir droit d’avoir un avis, sont particulièrement marquantes), "Rien n'est oublié" est un documentaire des plus troublants sur une mémoire non exprimée.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
