RETOUR À SILENT HILL

Un film de Christophe Gans

Voulez-vous sauter dans le trou ? Oui, avec plaisir.

Synopsis du film

Lorsqu’il reçoit une mystérieuse lettre de Mary, son amour perdu, James est attiré vers Silent Hill, une ville autrefois familière, aujourd’hui engloutie par les ténèbres. En partant à sa recherche, James affronte des créatures monstrueuses et découvre une vérité terrifiante qui le poussera aux limites de la folie…

Critique du film RETOUR À SILENT HILL

Ah les adaptations de jeux vidéos… Un concept toujours rempli d’espoirs, d’excitations mais aussi d’inquiétudes. Et à raison ! Qui se souvient du lamentable et roublard "Dead or Alive" de Corey Yuen en 2007 ? Ou plus récemment du "Uncharted" de Ruben Fleischer en 2022 qui s’amusait à torpiller son projet de film d’aventure en un buddy movie insipide ? La liste est longue (le mollasson "Max Payne" de John Moore en 2006, l’épouvantable "Alone in the Dark" de Uwe Boll en 2003...) et il est finalement assez rare de voir le médium vidéoludique adapté correctement. L'arbitrage que cela demande est comparable à celui d’adapter un bouquin à 1000 et quelques pages. Il faut savoir transférer l’expérience du gamer dans un film où il n’a pas la manette et souvent condenser une histoire de plus d’une dizaine d’heures en moins de deux heures. Autant dire que les réussites du genre ne courent pas les rues et même si dernièrement "Until Dawn" de David F. Sandberg a réussi à nous convaincre, ce ne fut pas le cas de tout le monde.

Il est alors compliqué de satisfaire les néophytes des univers transposés et de faire plaisir aux fans par la même occasion. Un numéro d’équilibriste auquel le cinéaste français Christophe Gans ("Crying Freeman", "Le Pacte des loups") s’était déjà adonné en 2006 avec son adaptation de la franchise Silent Hill issue du monde du jeu vidéo. Longtemps considéré comme l’une des rares adaptations à tenir la route (entendez par là que le film ressemble à un film et non à une longue bande annonce promotionnelle), "Silent Hill" premier du nom faisait déjà quelques entorses vis-à-vis du jeu éponyme : changement de personnage principal, certains arcs narratifs du jeu absents et présence de Pyramid Head ou encore des infirmières qui n’avaient rien à faire là, selon les puristes. Non conscient que le cinéaste pourra replonger dans cet univers 20 ans plus tard, le film s’en tirait avec les honneurs grâce à une esthétique léchée, une distribution solide et une histoire captivante.

Après deux décennies à avoir tenté d’adapter des œuvres cultes telles que Rohan ou Corto Maltese sans aboutissement des financements, le cinéaste revient à cet univers qu’il affectionne tout particulièrement étant lui-même un « gamer », comme il aime bien le dire. Et on se doutait que la sortie du film allait polariser les avis, ce "Retour à Silent Hill" retranscrit le second volet de la série le plus aimé par les fans et même par les joueurs du monde entier qui l’érigent souvent en l’un des meilleurs jeux de tous les temps. Avec une pression pareille et un système de production qui met des bâtons dans les roues pour ce genre de productions, Christophe Gans était attendu au tournant. Et quoi qu’en disent nos confrères Outre-Atlantique où le film se fait littéralement lapider sur la place publique (pour rappel, la réception du premier était équivalente à l’époque aux États-Unis), ce retour dans notre très chère bourgade brumeuse vaut le temps de s’y arrêter.

Déjà parce que le cinéaste n’a rien perdu de sa superbe lorsqu’il s’agit de créer des environnements et de nous marquer la rétine. L’utilisation de décors en dur et de monstres en costumes permet de rendre tangible cet univers si particulier qu’est Silent Hill. La direction artistique est à tomber tant chaque recoin recèle de détails et la mise en scène du cinéaste a laissé tomber le côté peut-être un peu trop maniéré, figé, du premier opus tout en longs mouvements de caméra millimétrés, pour foncer tête baissée dans une esthétique plus organique avec une caméra à l’épaule et des mouvements rapides qui permettent d’accompagner les gestes afin d’en accentuer l’impact. Le casting n’est pas en reste et Jeremy Irvine campe un James Sunderland finalement assez proche du jeu, avec un air à la Jim Morrison en plus (du propre aveu du réalisateur). Que ce soient dans les moments idylliques où son amour dévorant est déjà perceptible ou dans la dernière partie du métrage, où l’acteur change petit à petit de visage, sa prestation est à souligner tant il tient le film sur ses épaules. Hannah Emily Anderson n’est pas en reste en incarnant non pas un, mais trois personnages, à l’écran : la femme de James Mary, Angela, et Maria, le penchant sexué et fantasmé de sa femme. Elle apporte une réelle nuance en fonction de son rôle tour à tour inquiétant et fragile.

La musique du compositeur officiel de la saga, Akira Yamaoka, reprend les leitmotivs musicaux du deuxième volet (c’est non sans plaisir qu’on entend Theme of Laura), mais il inclut aussi certaines chansons tels que Waiting for You (issu du Silent 4 The Room) ou encore Letter from the Lost Days (présent dans le troisième volet des jeux) toujours interprété par la magnifique Mary Elizabeth McGlynn. Et même si ces deux titres sont tirés d’autres volets, leur utilisation résonne tout particulièrement avec le trajet qu’emprunte James vers la folie. Le bestiaire est à souligner également grâce à des effets pratiques de haute tenue et avec l’invention d’une femme araignée aux formes généreuses, lors d’une séquence qui devrait ravir les fans (et une belle idée d’adaptation liée aux contraintes d’une telles production).

Nous n’allons pas vous dévoiler les tenants et les aboutissants de cette adaptation, quels arbitrages le cinéaste et son équipe ont dû faire et on entend déjà les puristes crier au scandale de ne pas avoir inclus tel ou tel passage. Mais une chose est sûre : "Retour à Silent Hill" a réussi son passage au grand écran avec une vraie efficacité de narration qui se rapproche de plus en plus de l’une des inspirations principales des jeux : "L’échelle de Jacob" d’Adrian Lyne. Le film se mue en quelque chose de quasi expérimental au fur et à mesure que l’on avance dans la psyché de James et que la vérité refait surface. Et si nous n’allons pas parler de la fin ici, sachez qu’elle est intelligemment pensée et que la responsabilité morale en est remise entre les mains du spectateur, ce qui rend la séquence tout aussi ambiguë qu’intéressante. Le retour de Christophe Gans, 20 après, est plus que payant, tant le film nous entraîne dans sa spirale infernale, nous faisant peu à peu douter de tout. On en sort avec l’envie furieuse de retourner dans les rues délabrées de Silent Hill. Dire qu’elles nous avaient manquées serait un doux euphémisme. Et avec peut-être prochainement une adaptation de Silent Hill 4 The Room, selon les dires du réalisateur… croisons les doigts pour que cette fois, ça y est c’est la bonne, Silent Hill revienne dans les salles obscures et pour longtemps.

Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur

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