RÉSURRECTION
De quoi rêvent les cinéphiles
Synopsis du film
Dans un univers fantastique où les hommes ayant la capacité de rêver – appelés « rêvoleur » – ont quasiment disparu, une femme poursuit le dernier d’entre eux à travers le temps et à travers les univers cinématographiques…
Critique du film RÉSURRECTION
On ressort de la projection de "Résurrection", œuvre fleuve et labyrinthique, avec la sensation confuse d'avoir assisté à une réelle proposition de cinéma dont les intentions paraissent claires, tout en ayant conscience que certains symboles échappent encore à notre compréhension. De fait, le troisième long métrage de Bi Gan ("Kaili Blues" et "Un grand voyage vers la nuit") fait partie de ces films qu'il faudra prendre le temps de digérer, voire même de visionner plusieurs fois. À condition, bien sûr, de trouver trois heures de libres dans son emploi du temps.
La question de la nature même de ce film risque d'animer les débats cinéphiles pendant un moment. S'agit-il d'un rêve dans un film ? Ou d'un film dans un rêve? Ou d'un rêve dans un film dans un rêve? Le film rendant ainsi la structure d’ "Inception" d'une simplicité limpide. La séquence d'ouverture est filmée en vue subjective depuis un spectateur endormi au fond d'une salle de cinéma. Le terme de vue subjective est alors légèrement galvaudé puisque celui-ci a les yeux fermés. Mais c'est là toute l'ambiguïté du film qui ne pourrait être que le rêve d'un cinéphile endormi.
Puis le film-rêve nous transporte au temps du cinéma muet et de la pellicule argentique avec une atmosphère qui rappelle particulièrement le cinéma horrifique d'alors, celui de Friedrich Wilhelm Murnau ou de Todd Browning. Nous traversons ensuite des genres divers, du mélodrame façon Douglas Sirk au polar Hong-kongais de John Woo. Mais Bi Gan a le bon sens de ne jamais nous amener dans des registres trop marqués, comme le cinéma de genre ou la comédie, ce qui conserve un peu de cohérence à une intrigue malgré tout difficilement lisible.
Il n’en demeure pas moins que "Résurrection" fascine par sa beauté plastique et par ses multiples références qui raviront les cinéphiles. Mais parviendra-t-il à rassembler un plus large public ? Long, tortueux, abstrait, voire abscons, il apparaît comme une œuvre peu accessible qui laisse présager un succès public limité. Mais il mérite au moins un beau succès d’estime. Et le jury de festival de Cannes ne s’y est pas trompé en lui accordant un prix spécial.
Benjamin BidoletEnvoyer un message au rédacteur

