RESSACS
Entre le désert et la mer
Synopsis du film
Sous forme d’une lettre intime adressée à son fils, un cinéaste descendant des Kel Ansar (une tribu suzeraine de la région de Tombouctou) raconte dans son film le destin de la culture touarègue. Ebranlé par la colonisation, la sédentarisation, les conflits et les périodes de sécheresse, ce peuple tente son ultime survie et, au travers des témoignages, prouve sa persistance générationnelle au-delà des conflits, entre le sable et la mer, entre la mémoire et l’exil…
Critique du film RESSACS
Reconnaissons d’entrée que, dans le cas du film en question, le mot « documentaire » ne suffit pas. Il faudrait aussi parler de « lettre », de « méditation » et de « poésie ». Parce que l’important est autant de capturer le concret sur l’instant que de capter la persistance d’un mouvement sur le long terme. Et ce mouvement, générationnel autant qu’intime, est celui de la mémoire. En choisissant de s’ouvrir et de se refermer sur le même plan (un homme allongé dans le désert), et en optant pour une enfilade de témoignages agencés à la manière d’un récit conté, la démarche d’Intagrist el Ansari apparaît claire comme de l’eau de roche : communier avec le vivant et le minéral pour mieux remonter le fil de l’Histoire, perpétrer l’identité touarègue en revenant sur ses racines, et léguer un héritage culturel considérable aux générations futures sous l’angle universel du conte. De cette quête mémorielle se dégagent deux constats d’ordre général : d’une part, l’expérience humaine et spirituelle des Touaregs est ici jugée assez conséquente pour pouvoir s’épanouir et perdurer au sein de sociétés contemporaines toujours plus urbanisées, et d’autre part, un certain état d’esprit positif perdure au sein de cette culture, visant à garder de la curiosité pour ce qui émerge en même temps que de la tristesse pour ce qui disparaît (« Même si notre mode de vie s’éteint, la vie elle-même continue », entend-on à un moment donné).
Invitant son spectateur à la pure contemplation, "Ressacs" a clairement valeur de méditation faite film. De par son sujet st son exploration de paysages majoritairement désertiques, on ne peut d’ailleurs pas s’empêcher d’oser la corrélation avec la démarche de Patricio Guzmán sur "Nostalgie de la lumière" : exploiter le désert et la dimension minérale de ses paysages à l’horizon infini comme une arme mémorielle et méditative, un paysage mental qui active la confrontation d’untel à soi-même comme à ses propres origines, une archive vivante et symbolique qui réveille et fait ressurgir à la surface ce qui était enfoui. De là naît toutefois un bémol : là où Guzman n’hésitait pas à basculer dans l’onirisme et la métaphysique au travers de ses plans, El Ansari s’en tient à une juxtaposition de témoignages et de plans larges contemplatifs qui, mis bout à bout, peinent à dessiner une authentique cartographie du sujet et des enjeux – et la durée trop longue n’arrange rien à l’affaire. Les novices en matière de culture touarègue risquent ainsi d’avoir un peu de mal à faire le tri entre toutes les informations, au point de garder surtout en tête des scènes qui assoient le besoin de pérennité et de transmission culturelle – ici la présence matérielle des livres et de la musique au sein de camps nomades, là des cérémoniaux nocturnes au coin du feu où l’enseignement s’opère par le biais de dessins tracés à l’index sur le sable.
Ceci étant dit, comme son titre le souligne assez subtilement, le rythme de ce documentaire épouse une sorte de mouvement perpétuel entre flux et reflux, comme les vagues qui s’échouent en boucle sur le rivage ou ces vents de sable qui tournoient et redessinent sans cesse la forme des dunes. Capter le général à travers le particulier est ici un acte de cinéma qui suit le principe du nomadisme : rester toujours en mouvement, connecté à la nature et aux éléments, tel un processus cyclique au sein de l’espace et de l’Histoire. On peut donc parler d’un documentaire non pas seulement travaillé par son sujet, mais désireux de faire littéralement corps avec lui.
Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

