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RESIDENT EVIL

Un film de Zach Cregger

Ça vous tente un marathon vers l’enfer ?

Synopsis du film

Bryan, un coursier médical, s’apprête à finir sa tournée, rentrer au chaud chez lui auprès de sa fiancée Michelle et s’endormir sur ses deux oreilles. Mais une dernière offre qu’il ne peut pas refuser le fait reprendre la route direction l’hôpital de Raccoon City. Sans le savoir, Bryan se dirige tout droit en enfer sur terre et sa nuit risque d’être longue…

Critique du film RESIDENT EVIL

Zach Cregger s’est fait remarquer l’année passée avec "Évanouis" ("Weapons", en V.O.) où il malmenait une communauté prise en cible par une sorcière ou encore quelques années auparavant avec "Barbare" ("Barbarian", en V.O.) et sa maison AirBnB aux secrets terrifiants. Il arrive à peine un an plus tard avec une nouvelle lecture de la franchise vidéoludique Resident Evil. Venant à l’origine plus du monde de la comédie, le cinéaste pose une patte comico-gore avec son lot d’imageries cartoonesques (le final d'"Évanouis") et autres saillies d’humour noir toujours placées avec intelligence. Et en s’attaquant à l’une des franchises d’horreur les plus iconiques et connues au monde, "Resident Evil", on se demandait à quelle sauce on allait être mangé. Surtout que ladite saga s'est déjà retrouvée torpillée au cinéma plus d’une fois avec la série de longs métrages réalisés (ou écrits/ produits) par ce génie de Paul W.S Anderson (dont "Event Horizon" est définitivement une erreur de parcours) toujours prompt à nous servir des nanars de luxes avec Milla Jovovich en porte étendard.

Et même si après 6 de ces films, un plaisir coupable pointe souvent le bout de son nez, on ne pourra que constater que Anderson filait tout droit dans le mauvais goût en s’empêtrant dans une surenchère du gore (entendez par là la mythologie étouffante d’une saga qui comporte aujourd’hui plus de 30 jeux !) et une action toujours plus cheap pour frôler la série Z. Paradoxalement, la qualité de la saga sur console a décliné dans cette direction avant de se reprendre. Et ce n’était pas la tentative de reboot en 2021 "Bienvenue à Raccoon city" réalisé par Johannes Roberts qui nous a convaincu d’une renaissance également sur grand écran. C’est pas faute de nous avoir fait de l’appel du pied avec une histoire plus fidèle, des clins d’œils à foison et un peu plus de générosité dans l’hémoglobine, mais les dialogues affligeants, le casting aux fraises et la direction artistique qui oscille entre le bon et le foutage de gueule avait fini par nous achever. Était-il donc impossible de réaliser une adaptation de cette franchise sans tomber dans le cosplay fadasse ou la surenchère pyrotechnique ? Et même plus largement, est-il possible de retranscrire l’expérience jeux vidéo au cinéma ? Bon nombre d'adaptations se sont vautrées la tête la première dans un exercice presque de style où il faudrait adapter mais pas trahir (cœur sur toi "Retour à Silent Hill"), satisfaire les fans hardcore prêts à vous retrouver en bas de chez vous pour une soit-disant transgression à des règles immuables et les néophytes qui n’ont jamais tenu une manette de leur vie, tout ça en tentant de faire un film qui peut potentiellement se suffire à lui-même mais sans oublier de lancer un univers. Au cas où.

Là où nos rêves les plus fous ont commencé à revenir du tréfonds de notre subconscient, c’est lorsque le cinéaste de cette nouvelle mouture indique non pas réellement adapter religieusement un épisode ou un autre de la franchise, mais se concentrer sur une histoire parallèle où l’on se retrouve dans la peau de monsieur tout le monde au milieu de ce beau bordel. On vous prévient tout de suite : Non, vous ne retrouverez pas vos personnages préférés. Non, le film ne s’amuse pas à décalquer des cinématiques d’instants iconiques. Mais si être face à un film qui tente le plus possible de se rapprocher du ressenti de l’expérience console plus qu’aucun autre avant lui vous tente, on vous recommande chaudement cette petite virée cauchemardesque dans un Raccoon City sous la neige et le sang.

L’histoire se déroule lors des événements tragiques du jeu Resident Evil 2 où un virus se répand dans la paisible ville de Raccoon City. Et la suite vous la connaissez : des hordes de morts-vivants avec penchant pour la mutation pullulent dans les rues, la population baisse drastiquement et bientôt c’est l’avenir du monde qui est en jeu. Plutôt que de reprendre les personnages phares de la saga (Jill, Leon, Claire, Chris…) ou d’en pondre un surpuissant (clin d’œil à la Alice de Milla Jovovich), on se retrouve à suivre Bryan (Austin Abrams, le junkie d'"Évanouis") qui doit livrer de toute urgence un colis à l'hôpital de Raccoon City, mettant ainsi à mal l’idée qu’il se faisait de rentrer chez lui au chaud rejoindre sa fiancée. Le film prend le parti de coller à son personnage de bout en bout : tout sera vu par son point de vue unique, pas de tergiversation pour des quêtes annexes ou autres remplissages de sous intrigues qui complexifient le récit. Ici tout suit une ligne directrice claire et efficace : notre personnage doit aller d’un point A à un point B tout en traversant des épreuves qui se complexifient au fur et à mesure de son aventure, apportant leur lot de rebondissements, ceci avec un récit ramassé sur 1h30 montre en main sans générique.

Le film a ainsi un rythme effréné et implacable. Les moments de calme sont alors de véritables bouffées d'air frais, comme pouvait l’être cette fameuse pièce où l’on pouvait sauvegarder sans rien risquer (un clin d'œil sympathique apparaît lors d’un plan). Évidemment que la proposition ici n’est pas une retranscription de ce que les joueurs ont pu connaître. Le film cherche ici quelque chose de plus viscéral pour atteindre le ressenti de l’expérience vidéoludique. Il ne s’embarrasse pas alors d’explications longues et verbeuses sur les tenants et aboutissants des situations dans lesquelles Bryan se retrouve projeté. Il incarne petit à petit l’expérience joueur à lui seul : il rentre dans le monde de Raccoon city par la petite route, y apprend les rouages et comment y survivre, et le talent du cinéaste à mettre ça en image finit de nous convaincre. Bryan check son inventaire et c’est donc source de tension et pas d’un simple clin d'œil balourd. Bryan se retrouve face à plusieurs cadenas qui lui bloquent l'accès et là encore Zack Cregger en crée des idées de séquences plutôt que de jouer le bon copain qui nous pointe l’écran avec le doigt en demandant si on a bien vu l'easter egg. Les exemples sont légions, et on vous laisse bien évidemment les surprises.

L’humour noir irrévérencieux cher au réalisateur, mais aussi à la saga ne l’oublions pas, fait irruption de façon régulière dans l’aventure sans venir parasiter la dramaturgie d’une scène, mais en renforçant son aspect parfois absurde, grotesque (vous avez vu la gueule des bestiaux ?) en se mêlant à la tension. Le cocktail est assurément explosif et une dose de fun comme ça, ça devrait être prescrit par l’assurance santé. Ne mentionnons pas les effets spéciaux de hautes tenues (hormis quelques plans spécifiques), mélangeant images de synthèses et effets pratiques pour un résultat aussi répugnant que merveilleux. Seul hic? Une fin peut être trop abrupte, presque cachée, laissant la place à une envie irrépressible d’en voir plus. La bande sonore n’est pas en reste, tout de son tonitruant, électronique avec des basses qui résonnent, mais parsemé d’une mélodie beaucoup plus loufoque et légère derrière. Ryan et Hays Holladay, déjà à l'œuvre sur les musiques d'"Évanouis", signent des compositions organiques et distordantes prompt à accentuer notre malaise ou notre stress en fonction de l’horreur présente à l’écran.

Il y a déjà eu par le passé moult tentatives de porter, via le médium cinématographique, des licences de jeux vidéo. Tant l’un a influencé l’autre (et c’est désormais l’inverse), l’équation ne pouvait que marcher. Et hormis quelques fulgurances imparfaites, le genre devenait un pot pourri où chaque nouveau projet annoncé devait briser la malédiction. On vous l’annonce aujourd’hui avec une banane jusqu'aux oreilles : "Resident Evil" n’est peut-être pas l’adaptation que vous attendiez, mais c’est celle que vous méritez. "Resident Evil" nous rappelle deux choses : pourquoi on a aimé les jeux et pourquoi on adore le cinéma.

Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur

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