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LE REPENTI

Un film de Merzak Allouache

Quand le passé resurgit

Un homme court dans le désert pour retrouver ses parents dans son village natal du Sud de l’Algérie. Il n’est pas le bienvenu. Nombre de villageois désirent le lyncher car il s’agit d’un terroriste repenti qui profite de la loi de « pardon et de concorde nationale » pour tenter de se construire une nouvelle vie. Chassé de son village, le jeune homme s’installe à Alger, trouve un travail et tombe sur un pharmacien dont le visage ne lui est pas inconnu…

Récompensé par le label Europa Cinemas lors de la Quinzaine des Réalisateurs 2012, « Le Repenti évoque la difficile rédemption des anciens jihadistes venus rendre les armes grâce à la « Concorde nationale », mais rappelle surtout la douleur des victimes des actes perpétrés par des maquisards qui peuvent à présent revenir dans la société algérienne sans être inquiétés par une condamnation.

Le nouveau film de Merzak Allouache se divise en trois parties. La première se concentre sur la réintégration du jeune Rachid, autrefois « barbu » devenu « beau gosse » rasé de près. Allouache prend de la distance avec ce personnage et évitera quoi qu’il arrive de le juger, laissant ce soin aux personnages secondaires, tels que le gérant du bar où travaille Rachid ou les habitants du village qui veulent sa peau. « Le Repenti » rappelle à quel point les terroristes ne sont pas les bienvenus en Algérie, pays où il est difficile de tourner la page après la vague de terrorisme que cette nation a connu dans les années 90. C’est sur une rencontre que démarre la seconde partie, celle qui fera tenir en haleine l’audience, puisque Merzak Allouache a l’excellente idée de dissimuler les affaires entretenues entre le jeune repenti et le pharmacien. Un intriguant lien les unis et il ne sera révélé que dans la dernière partie introduisant également Djamila, l’ex-femme du pharmacien, intransigeante, mais dont les traits semblent cacher un lourd fardeau qui lui pèse depuis des années.

Ce sont toutes ces ellipses et non-dits qui maintiennent le spectateur en haleine et l’obligent à user de son imagination pour deviner l’événement qui a séparé Dajmila de son mari. Allouache élude intelligemment le passé maquisard de Rachid ou la faveur demandéepar le commissaire en échange d’un emploi de serveur au bistrot du coin. Malgré tout, le réalisateur ne peut s’empêcher de prendre un peu trop son temps lors des séquences présentant le quotidien des personnages. L’intrigue ne démarrant qu’au milieu du récit, le début laborieux et la fin un poil trop arbitraire et abrupte avec laquelle Merzak Allouache conclut son film, soulèvent un soupçon de frustration difficile à dissiper.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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