RENAÎTRE
Un cinéma fauché, osé mais risqué
Synopsis du film
Rose, femme mûre vivant dans la cité phocéenne, vient de perdre son jeune amant. Si son cœur saigne de tristesse, il va peu à peu s’ouvrir à d’autres hommes sur les conseils de son meilleur ami Ivan…
Critique du film RENAÎTRE
Rémi Lange ("Omelette", "Les Yeux brouillés", "Le Chanteur") ose tout et surtout il fait comme il aime, avec les moyens qu’il a, c’est-à-dire avec peu voire presque rien. Autoproduit, son dernier long-métrage, "Renaître", est un film qui ne laisse pas indifférent. Il en rebutera sans doute certains à cause de son côté bricolé, réalisé avec une équipe que l’on imagine hyper réduite, doté d'une lumière et d'un son souvent naturels, joué avec une part d’improvisation et en partie interprété par des comédiens non-professionnels.
On ne peut toutefois pas dire qu’il s’agit d’un cinéma d’auteur amateur, ce serait en effet nier la carrière et l’expérience derrière la caméra de Rémi Lange (c’est son dixième film). Artisanal et audacieux seraient des superlatifs plus adaptés. Le cinéaste cherche en effet la vérité nue (au premier comme au deuxième degré) de la vie, de l’amour, de la vieillesse, de l’amitié ou la confiance… et son cinéma, si personnel, s’emploie tout entier à embrasser ces thématiques sans far et dans un naturel qui rappelle certains mouvements cinématographiques comme le Dogme95.
Il met ainsi en scène l’intime d’une Rose qui a déjà bien vécu, une veuve qui a bien du mal à tourner la page d’un amour perdu, qui se sent bien seule et que son meilleur ami cherche à remettre dans les bras d’un homme. Mais comment refaire sa vie après avoir perdu l’homme parfait ? Comment refaire sa vie à un âge déjà bien avancé ? Comment renaître, si on voulait paraphraser le titre du film ? Rémi Lange se saisit de questions très actuelles auxquelles on peut ajouter le dépassement des apparences, l’acceptation de l’autre et des différences (qu’elles soient physiques, relatives à l’âge ou bien encore aux origines…).
Pour incarner ses personnages, Rémi Lange va chercher des gueules, des visages marqués. Et il va aussi chercher dans son carnet personnel les amis pour les interpréter : Manuel Blanc ("J'embrasse pas"), Ivan Mitifiot, Rose Portes dont c’est le premier rôle au cinéma. On ne peut malheureusement pas dire que le résultat convainc totalement, certaines scènes faisant davantage penser à un film de famille en vacances, tourné au téléphone… Pourtant, parfois, tel un petit miracle, en filmant un jeune comédien inconnu, venu tout droit du Congo, Herman Kimpo, véritable révélation du film, à l’aura et au charisme inattendus et troublants, Rémi Lange retrouve une forme de cinéma qui fonctionne.
Une bien maigre consolation, car on ne peut pas faire fi de certaines maladresses d’écriture, de dialogues appuyés, de rebondissements théâtraux ou de redondances inutiles comme l’interminable scène du karaoké sponsorisée par Karafun (!). Son film, traditionnel dans son découpage et sa forme, n’en demeure pas moins au final assez trivial et reste à réserver à un public averti, féru de cinéma bis ou expérimental.
Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

