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REMBRANDT

Un film de Pierre Schoeller

La vague (scélérate) de la raison

Synopsis du film

Physiciens de formation, Claire et Yves Lescure travaillent à plein temps dans le domaine du nucléaire. Lors d’une visite à la National Gallery de Londres, Claire se voit bouleversée par trois toiles de Rembrandt exposées dans l’une des pièces du musée. Dès cet instant, un phénomène étrange s’empare d’elle, allant jusqu’à la pousser à remettre en cause son travail et ses certitudes…

Critique du film REMBRANDT

Ce synopsis était en soi trop énigmatique pour ne pas devenir pour le coup très intriguant. En effet, quel trait d’union pouvait-on tracer entre deux thèmes à ce point-là aux antipodes (d’un côté le travail artistique d’un célèbre peintre hollandais du XVIIe siècle, de l’autre les éternelles réflexions alarmistes sur la question du nucléaire), surtout quand tout paraît reposer ici sur le dérèglement interne d’un individu confronté brutalement à l’un tout en travaillant activement sur l’autre ? Allait-on découvrir dans les portraits de Rembrandt (d’ailleurs, pourquoi lui, et pas Picasso, Klimt, De Vinci ou Van Gogh ?) une quelconque corrélation avec la force expressive de nos centrales nucléaires ? Ce bouleversement existentiel au sein de cette mère de famille – au final vaguement clarifié après être resté vague tout court – allait-il servir de prétexte à ressasser l’éternel brouillage (ou duel) entre mystique et cartésianisme ? Allait-on carrément nous suggérer en quoi le syndrome de Stendhal peut alerter tout un chacun sur le syndrome du Titanic qui nous pend au nez ? Ou alors, la stratégie n’allait-elle pas servir tout bêtement à appuyer ce vieil adage selon lequel l’Art au sens large a le pouvoir d’éveiller les consciences et d’encourager autrui à jouer les lanceurs d’alerte ? Choisis ton niveau de lecture, mon gars, il y a de quoi faire…

Le souci, en fin de compte, c’est que le flou demeure moins sur la finalité réelle de la démarche de Pierre Schoeller que sur la façon dont ce dernier a souhaité structurer son scénario. Disons-le tout de go : en matière de déconfiture narrative, la première heure de "Rembrandt" est d’une éloquence à toute épreuve. Le temps d’un montage beaucoup trop précipité qui coupe trop net les transitions entre les scènes et qui s’attarde surtout sur une série de chorégraphies au sein d’un musée londonien (avec des personnages « absorbés » par les toiles environnantes et des choix de perspectives qui jouent à fond la carte du « cadre dans le cadre »), la lourdeur de la mise en scène de Schoeller a tôt fait de faire s’écrouler tout espoir d’ambiguïté capable de traverser l’écran – même les efforts d’une bande-son très Penderecki dans l’âme tombent à plat. Réduit à un rôle passif, le spectateur se voit contraint de suivre à l’aveugle un personnage qui traverse le film en aveugle, tel un zombie troublé pour on ne sait quelle raison, avec deux ou trois expressions faciales désincarnées et répétées ad nauseam (Camille Cottin a rarement paru aussi larguée dans la simple appropriation d’un rôle).

Plus problématique encore : en plus de cet enjeu flouté et sans affect, le récit se borne majoritairement à enfiler comme des perles les scènes les plus didactiques possibles, durant lesquelles Schoeller expose lourdement sa fibre écologique à la manière d’un documentaire alarmiste sur les dangers du nucléaire et les catastrophes climatiques à venir. Le summum de ce prêchi-prêcha pédago se résume d’ailleurs à une longue présentation PowerPoint dans un amphithéâtre, censée servir de point de bascule entre des électrons scientifiques en conflit (une symbolique appuyée par les disputes entre les deux frangins Podalydès) et une physicienne peinant à cacher à son entourage le vertige qui la travaille, le tout avec un texte lu à voix haute par des actrices qui ne font même pas l’effort d’y croire. Si l’idée consistait à nous donner un cours d’écologie, pourquoi diable miser tous ses jetons (et les perdre fissa) sur le potentiel de la fiction symbolique et ne pas s’être contenté de pondre un simple reportage télé ? Ajoutons à cela des seconds couteaux tantôt éteints (Romain Duris n’a ici presque rien à défendre) tantôt injustifiés (à quoi sert la jeune ado jouée par Céleste Brunnquell ?), ainsi que des sous-intrigues sans lien avec le sujet (quid de ce mariage gay sorti d’une pochette-surprise ?), et on pourrait presque croire que Schoeller a perdu la main et que "L’Exercice de l’État" était un heureux accident de parcours.

Il faut finalement attendre que cette protagoniste psychologiquement en roue libre largue totalement les amarres avec son quotidien et son travail au détour d’une halte sur une aire d’autoroute pour qu’enfin, l’enjeu central du scénario se voit sinon clarifié, en tout cas travaillé par de vraies velléités d’ordre cinématographique. Dès lors, le récit se déleste enfin de son didactisme casse-burnes pour basculer dans un envers plus onirique, pour ne pas dire sensiblement métaphysique, dans lequel la sophistication propre à Schoeller excelle un minimum le temps de quelques scènes. Les pistes se brouillent et s’entremêlent au profil d’un principe visuel travaillé par la pure symbolique (voire la présence imposante des cheminées nucléaires sur les trois quarts des arrière-plans), la narration s’aère en même temps que le rythme se ralentit afin d’offrir de vrais espaces de respiration, le jeu sur les contrastes tend à picturaliser joliment le cadre, et l’émotion surgit (un peu) lorsque la confrontation finale met enfin les choses à plat sur tout ce qui couvait jusque-là. Pour autant, Schoeller ne sort pas réellement grandi de cette ultime volte-face, ne serait-ce que parce que le « mot final » (longtemps laissé en suspens par l’héroïne tout au long de la narration) tombe à plat tant il qualifie précisément ce que le film n’a pas su incarner dans sa totalité. De quoi nous laisser certes frustrés, mais surtout peu motivés à lever le mystère de la nébuleuse "Rembrandt".

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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