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REHANA MARYAM NOOR

La délicate position du témoin

Rehana travaille dans une école privée de médecine, assistant un Docteur de renom, et obligeant presque chaque jour son frère à récupérer sa fille à l’école, du fait de ses horaires tardifs. Un jour, peu après un examen durant lequel elle a exclue une candidate, elle découvre une autre, bouleversée, sortant du bureau de son collègue…

Rehana Maryam Noor film movie

"Rehana" est un film d’une nationalité assez rare dans les salles françaises : le Bengladesh. Portrait d’une médecin dont le prénom donne son titre au métrage, le début du film est marqué par la droiture et la sévérité du personnage, coincé entre un boulot prenant, ses devoirs de mère, et la précarité de son frère. Arrachant des mains les feuilles d’examen des étudiants, menaçant d’expulsion et surveillant de près une élève, sa confrontation avec le viol d’une des étudiantes et un incident provoqué par sa fille en classe, va la contraindre à remettre en perspective ses priorités, en la poussant à envisager de dénoncer son supérieur.

Guerre face a un système en place, poids de la hiérarchie et des réputations, affrontement du regard des autres, paroles particulièrement dures de la part particulièrement des femmes, tentative de dissuasion par les autorités, le parcours du combattant de la femme violée est ici parfaitement mis en évidence. Usant des couleurs éteintes de l’école, comme des tenues arborées par les personnages, Abdullah Mohammad Saad distingue d’emblée la victime, seule à porter un t-shirt de couleur jaune alors qu’elle sort du bureau du docteur… Il manie aussi à merveille l’exiguïté et le caractère impersonnel des couloirs, confinant son personnage en des lieux fermés, sans perspective, cantonnant longuement le futur accusé hors champs, et se permettant un discours ponctuel bienvenu sur les questions de genre (quand la fille exprime son désir de jouer au foot…) ou le paternalisme ambiant. Un film troublant, porté par une actrice très juste (Azmeri Haque Badhon), qui parvient à faire monter la pression et à questionner la difficile position du témoin dans les affaires de mœurs.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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