REEDLAND
Les roseaux sauvages
Synopsis du film
Johan, un coupeur de roseaux, aux Pays-Bas, trouve le corps d’une jeune adolescente violée sans vie, près de son exploitation. Les soupçons se tournent rapidement sur une famille d’un comté voisin, mais Johan, lui, suspecte un jeune homme vivant près de chez lui…
Critique du film REEDLAND
Dès l’ouverture du film, le ton est donné. Ces sons stridents sur une image noire, c’est un peu le résumé du film "Reedland" : une ambiance sonore inquiétante pour une histoire sombre et incertaine. Sven Bresser, le jeune réalisateur néerlandais de ce premier long-métrage présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2025, parvient à créer en 1h50 une atmosphère particulière, troublante, au cœur d’une enquête rurale qui vise à démasquer le meurtrier d’une jeune fille, violée et tuée dans les zones humides des roselières néerlandaises.
Sven Bresser filme donc à domicile, aux Pays-Bas, dans ce pays davantage connu pour les moulins qui brassent le vent au rythme de la floraison des champs de tulipes multicolores. Mais dans "Reedland", la Hollande qu’il capture, avec son brillant chef op, c’est un tout autre spectacle. Ici, ce sont les décors agricoles terreux, boueux, poisseux et une lumière du nord froide où le soleil bataille derrière les nuages et les fumées, qui nous sont donnés de voir. Un paysage que le réalisateur fait intelligemment correspondre avec ses protagonistes qui sont également rudes, taiseux, luttant pour découvrir la vérité derrière les non-dits, les mystères, les secrets de ces communautés engagées pour leur survie dans un monde agricole où les revenus baissent et les baux augmentent.
"Reedland" est donc avant tout un film sensoriel, qui sent l’odeur du bois qui brûle, qui nous fait ressentir la matière visqueuse des marais, qui éblouit par son soleil pâle… Et que dire du son ? Le travail de montage et mixage son est dingue. Le spectateur est littéralement agressé par l’ambiance sonore dans certaines scènes qui marquent durablement les esprits, comme cette pluie battante sur la carrosserie d’une voiture ou la furie de ce lave-linge prêt à imploser ! "Reedland" est un film qui nous malmène efficacement et nous prend même à la gorge quand, au détour d’une scène pivot, on imagine le pire. "Reedland" vous tient en haleine avec cette énigme et ce protagoniste qui joue avec nos nerfs.
L’intérêt de ce petit film néerlandais, véritable objet de curiosité qui va chasser sur les terres d’un "As Bestas", grandit au fil de son histoire pendant que le spectateur pense gagner en compréhension et avoir les clés pour résoudre l’intrigue. Sauf que "Reedland" est plus retors et que la réalité est plus complexe, à l’image de la nature de l’homme, qui est peut être plus impénétrable. C’est sûr que si vous n’appréciez pas les films qui vous malmènent jusque dans la résolution de l’intrigue, vous laissant écrire votre propre fin, alors vous pourriez être frustré du résultat. Pour les autres, amoureux des films d’ambiance, foncez découvrir le premier long-métrage d’un jeune cinéaste qui laissera une empreinte durable dans votre esprit.
Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur
