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RED STATE

Un film de Kevin Smith

Nouveau dogme

Dans une petite ville du middle-west américain, trois adolescents répondent à une annonce pour coucher avec une femme plus âgée. Ils vont tomber dans le piège d'un groupe de religieux fanatiques...

Sortie en DVD et Blu-ray le 19 juin 2012

Quand il annonce peu de temps après la sortie de "Clerks 2" qu'il souhaite s'éloigner de la famille Weinstein (les frères le produisent depuis "Clerks" son premier film), en terminer avec l'univers "wiewaskview" (pour en savoir plus, voir son portrait) et probablement avec la comédie, tout le monde se demande ce qui est en train de se passer chez Kevin Smith. Deux films plus tard (des comédies - l'excellent "Zack et Miri font un porno" et le moins bon "Top Cop" qui lui aura permis de tourner avec Bruce Willis), Smith passe enfin à l'action avec un petit projet horrifique titré "Red State".

Ses fans voient le projet comme une curiosité alléchante mais restent pour la plupart dubitatifs et pour une bonne raison : Smith est un excellent dialoguiste, ses comédies sont des succès critiques et publics (toute proportion gardée), mais n'ont jamais brillées par une réalisation plus que formelle en dehors de très rares exceptions (LA scène musicale de "Clerks 2" en tête). Pour le novice, c'est un peu comme si après avoir réalisé "Rush Hour 2" Brett Ratner avait annoncé qu'il s'attaquait à "X-Men 3". Le seul crédit que l'on pouvait accorder à Smith c'est qu'il est un cinéphile reconnu et qu'il connaît son sujet (ce que n'est pas Ratner), mais cela n'a jamais été un gage de réussite.

Smith va, avec "Red State" choisir de s'attaquer au fanatisme religieux, sujet qu'il avait déjà abordé avec "Dogma", de façon comique. Son angle d'approche reste tout de même surprenant au premier abord. Le film commence en suivant le parcours de trois amis lycéens à la recherche d'une femme leur promettant une folle nuit de baise, et dont on sait que le sang va couler (vu que l'on vient voir un film d'horreur). Dès les premières scènes, une chose frappe clairement. L'homme derrière la caméra n'est plus le même que sur le reste de sa filmo. Smith s'est complètement métamorphosé et embrasse son sujet avec un talent à rendre jaloux tous les petits clippeurs superficiels nous vendant de l'esbroufe films après films et surfant sur la vague du succès des films horrifiques (oui Marcus Nispel, ce message vous est potentiellement destiné 🙂 ). Absolument aucun tique, aucune signature smithienne ne transpire et l'homme du New Jersey s'efface totalement derrière son sujet et dirige le film avec une maîtrise que l'on, soyons honnêtes, ne lui soupçonnait pas.

Le tour de force va arriver au quart du film et se reproduira trois fois par la suite. Nos héros évoluent dans un contexte religieusement lourd dû à la présence des religieux impliqués dans la fusillade de Waco, Texas et du siège tenu pendant 51 jours par le FBI. Leur leader énigmatique, le révérend Albin Cooper (joué par l'excellent Michael Parks, le shérif dans tous les Tarantino et Rodriguez) va devenir le personnage central. Smith changera donc quatre fois de protagoniste (il n'y a réellement aucun héros) et de style cinématographique. Le trio de jeunes évolue dans un film de séquestration, le pasteur démentiel dans un film horrifique religieux, l'arrivée de John Goodman - agent du FBI responsable du dérapage le plus médiatisé des 90's de l'agence - fait virer le film à l'actioner et la dernière partie, la plus courte, devient un film de complot gouvernemental.

Smith fait en sorte qu'aucun de ces segments ne dénature le métrage (tout se fait naturellement) et réussit à nous tenir en haleine jusqu'à la fin, vu que, chose rare, rien n'est acquis pour aucun des personnages. Que ce soit dans les scènes à haute tension (la capture des jeunes, destinés a être sacrifiés au nom de Dieu), d'horreur, d'action (peut être le point faible du film) ou les quelques gags disséminés ça et là, Smith fait un carton. On en vient même à regretter que Smith n'ait pas pu bénéficier du budget nécessaire pour tourner la fin prévue a l'origine (SPOILER : un ange devait descendre du ciel, tuer tous les pécheurs et ainsi donner raison aux extrémistes religieux, un pied de nez en quelque sorte de Smith au reste du monde... si en plus l'ange en question avait pu être Matt Damon en Loki, cela aurai été parfait - FIN DU SPOILER)

Peu de réalisateurs réussissent un virage à 180° comme Kevin Smith en a effectué avec "Red State". Ne bénéficiant pas d'une sortie salle, nous ne saurions vous recommander de vous jeter sur le film dès sa présence dans les bacs des rayons vidéo.

François ReyEnvoyer un message au rédacteur

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