REBUILDING
Reconstruction d’une relation père-fille
Synopsis du film
Face à la puissance de l’incendie, Dusty n’a rien pu faire, les flammes ont tout ravagé sur leur passage : sa maison, son ranch… tout est parti en fumée. En attendant de trouver mieux, il squatte chez des amis ou à l’hôtel, tout en travaillant comme ouvrier de chantier sur une départementale en travaux… Puis il envisage de rejoindre sa sœur pour l’aider, mais quitter ses terres c’est aussi quitter ses proches, dont sa jeune fille qui l’idolâtre et qu’il n’a pas beaucoup vue ces derniers temps…
Critique du film REBUILDING
Pour son deuxième long-métrage, Max Walker-Silverman reste en terrain connu : les grands espaces, les mobil-homes et les relations humaines. Il y a donc dans ce nouveau film, les éléments et les thèmes chers du réalisateur que l’on trouvait déjà dans son premier long-métrage ("Love Song", inédit en France) et dans un de ses courts-métrages ("Lefty/Righty") qui suivait une journée entre un père et sa fille. Et c’est exactement le fil conducteur de "Rebuilding", film américain qui prend place dans les paysages sauvages de l’Ouest américain, suite à la destruction par un feu de forêt du ranch d’un père séparé qui va devoir choisir entre rester s’occuper de sa fille ou partir loin pour recommencer ailleurs sa vie de cowboy.
Baignées de soleil, les plaines de l’Ouest sont magnifiques et Max Walker-Silverman sait parfaitement les immortaliser aux levers comme aux couchers de soleil. Le cinéaste marche sur les traces d’un Ang Lee qui avait mis en scène le merveilleux "Secret de Brokeback Mountain". On pense souvent à ce film que ce soit à cause des cowboys, du mutisme du personnage principal (qui rappelle le rôle interprété par Heath Ledger) et des jolies notes de musique douces jouées à la guitare. Mais la comparaison s’arrêtera là, l’histoire étant bien différente. Ici, le père renoue avec sa fille presque contraint et forcé puisqu’avant qu’un incendie ravage son ranch, ce dernier était un cowboy totalement absorbé par son travail et un père quasiment absent, que sa femme avait fini par quitter.
"Rebuilding" n’est donc pas seulement la reconstruction d’une vie professionnelle, d’une maison et d’un ranch familial, c’est avant tout la reconstruction d’une relation entre un père et sa fille de 7 ans. Le spectateur est touché par cette histoire qui débute dans une profonde mélancolie mais qui va trouver un développement fortuit, comme pour nous dire que du malheur peut naître le plus beau des bonheurs. Une idée symbolisée par une scène-clé qui se trouve à mi-chemin du film quand, au milieu des troncs calcinés par l’incendie ravageur, les protagonistes trouvent la jeune pousse d’un nouvel arbre, comme l’espoir d’un renouveau, d’une reconstruction possible au milieu du chaos.
Max Walker-Silverman, également au scénario, se saisit de cette chaude actualité que sont les catastrophes naturelles (ici un incendie, comme il y en a tous les ans en Amérique mais il aurait très bien pu choisir aussi une tornade ou des inondations) et qui laissent sur le bord de la route des citoyens parfois incapables de payer les réparations, abandonnés par les banques et les pouvoirs publics. En ce sens, le film va s’attacher à suivre une communauté de personnes ayant tout perdu et regroupées dans un camp de fortune organisé par l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence. "Rebuilding" évoque alors l’oscarisé "Nomadland" (avec ses victimes de la crise économique vivant dans des caravanes) nous refaisant le coup de l’entre-aide et de la solidarité.
Devant la caméra, Josh O’Connor ("Seule la Terre", "La Chimère", "Challengers") continue d’épater en père solitaire, discret, qui ne veut jamais déranger. Presque de tous les plans, le réalisateur en fait un anti-héros fragile, un cowboy qui se cache sous son chapeau vissé sur la tête. Face à lui, la toute jeune Lily LaTorre est formidable et le cinéaste sait parfaitement canaliser ses comédiens pour obtenir d’eux l’exacte dose d’émotion nécessaire pour ne pas tomber dans le pathos. L’objet est donc au final juste, sensible et honnête, avec une dernière scène émouvante et un dernier plan marquant, mais "Rebuilding" manque certainement d’un peu plus de profondeur et de développement pour nous emporter totalement.
Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur


