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QU'UN SEUL TIENNE ET LES AUTRES SUIVRONT

Un film de Léa Fehner

Pourquoi faire simple lorsque l'on peut faire compliqué ?

Devant l'entrée du centre pénitentiaire, une femme pleure et se lamente sur la détention de son fils pendant que plusieurs individus la regardent sans agir. Eux aussi sont présents pour voir un proche. Le gardien appelle, la porte de la prison s'ouvre: c'est l'heure du parloir...

Après le grandiose "Un Prophète", sorti fin août, qui explorait l'intérieur des cellules de prisons, nous voici avec un nouveau film français, ayant, encore une fois, l'administration pénitentiaire pour toile de fond. C'est ici la seule analogie que l'on peut faire entre ces deux productions. Léa Fehner tire plutôt vers le film social et non vers le film de genre (quoiqu'elle en utilise maladroitement quelques ficelles).

En effet, "Qu'un seul tienne et les autres suivront", qui s'intéresse plutôt aux proches des détenus, aurait vraiment un potentiel d'excellent film à discours social fort si la réalisatrice ne s'était pas embourbée dans trois histoires distinctes, complexes et tirées par les cheveux. Car au lieu de se concentrer sur un protagoniste, Léa Fehner en sort trois, n'ayant absolument aucun rapport entre eux si ce n'est le parloir à la fin du film.

Dans le lot, nous avons donc Laure (Pauline Etienne, assez juste), une adolescente qui fait la rencontre d'une petite frappe qui va vite se retrouver en prison et dont elle s'amourache. Pour cette storyline, la réalisatrice nous ballade à grand renfort d'ellipses. Dans une séquence, Laure est dans la voiture avec sa mère, dans les suivantes, on dirait qu'elle est orpheline. Aucun contexte n'est là pour appuyer le fait qu'elle ait voulu quitter la cellule familiale hormis le fait qu'elle tombe amoureuse. Cela reste tout de même léger et l'on peine à comprendre ses actes.

Ensuite, nous avons Zorah dont le fils s'est fait récemment assassiner. Elle va tenter de faire ami-ami avec la sœur de l'assassin qui est déjà entre quatre murs. Là aussi, la rencontre entre les deux femmes parait alambiquée et téléphonée. L'amitié va vite se lier sans que l'on comprenne vraiment comment…

Enfin, Stéphane (excellent Reda Kateb, qui a vraiment la gueule de l'emploi) tente, tant bien que mal, de s'en sortir financièrement quand il rencontre un type louche qui le confond avec un de ses amis en prison. Stéphane va alors se voir proposer une énorme somme d'argent pour prendre la place de son sosie détenu. Cette histoire est sans doute la meilleure des trois, puisqu'elle parvient un tant soit peu à nous sortir de la torpeur dans laquelle les séquences des deux autres personnages nous laissent. C'est aussi celle qui injecte un peu de polar dans ce film criblé de lenteurs.

Cela ne sauve pas le film pour autant et malgré les prix qui récompensent cette œuvre (Prix Michel D'Ornano 2009 et Prix Junior du Meilleur Scénario 2007), les longues séquences, qui pourtant ne servent pas le contexte, et le démarrage au ralenti des trois histoires (on a bien une heure de film racontée dans le paragraphe précédent…), achèvent toute volonté de se concentrer sur la suite du métrage. En définitive, Léa Fehner pèche par manque de simplicité et aurait dû se concentrer sur un seul protagoniste. Il ne suffit pas qu'une histoire tienne la route pour que les autres suivent…

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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