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QUI VIT ENCORE

Un film de Nicolas Wadimoff

Des témoignages d'exil, poignants

Synopsis du film

11 palestiniens exilés à cause de la guerre et coincés en Égypte, comme le sont actuellement quelques 12 000 autres sont réunis dans un studio. Neuf d’entre eux racontent leur histoire et celle des leurs en se situant sur un plan fictif de la bande de Gaza…

Critique du film QUI VIT ENCORE

Nouveau documentaire sur les exilés palestiniens, en lien avec la guerre à Gaza, présenté au Festival de Venise 2025 en section Giornate Degli Autori, "Qui vit encore", film suisse finalement tourné en Afrique du Sud, a été en partie éclipsé par la force du film en compétition "The Voice of Hind Rajab". Reparti avec le Lion d’argent (ou Grand Prix du jury), celui-ci est cependant une reconstitution qui ne dégage pas autant d’émotion que "Qui vit encore", faisant lui appel à onze palestiniens, dont les témoignages face caméra sont forcément à même de transmettre une émotion pour directe. Le concept du film est simple : dans un studio de cinéma, aux sols et murs noirs, les contours de la bande Gaza sont dessinés en blanc et chacun doit se placer dans un carré au pourtour blanc, qui représente un endroit, ville, village, ou lieu plus précis. Un dispositif qui laisse la place du coup à des parcours mémoriels et à des errances significatives de l’état d‘esprit de ces déplacés.

Mais le premier exercice auquel s’adonnent les participants est sans doute paradoxalement le plus immersif, alors que la caméra se fait plus proche d’eux, entourant une table noire. Sur celle-ci, l’un après l’autre, ils dessinent au feutre blanc des lieux qui étaient chez eux, qui représentaient leur vie, et qui ont pour la plupart disparu. Ce premier contact permet d’autant plus l’identification que la plupart évoquent la beauté perdue, la douceur des lieux, mais aussi la douleur d'un départ contraint. Tour à tour la peur du missile silencieux (celui qui vous tombe dessus), la description de la ceinture de feu, et celle de la précipitation du départ, font place à un discours sur la destruction d’une identité, à travers celle des musées, des écoles et des universités. L’une des personnes note d’ailleurs cruellement l’élimination de tous les lieux où elle a pu être photographiée là-bas.

Si dans les interviews le terme « martyrisé » revient souvent au lieu de celui de « tué », pouvant questionner, certains d’entre eux s’interrogent avant tout sur leur propre basculement dans la haine, qualifiant leur état comme une « bataille entre coeur et raison ». Mais tous l’ont compris, à l’image du plan zénithal final sur le plan d’ensemble, où chacun sort progressivement du cadre : demain il ne restera rien de leurs anciens lieux de vie. Opposant avec minutie la nervosité et la révolte d’une adolescente visiblement traumatisée, et la douceur résignée d’un étudiant en musique, qui joue ponctuellement de son instrument, comme pour mieux affirmer que leur culture survivra malgré tout, "Qui vit encore" se pose en série de témoignages aussi touchants qu’indispensables.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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