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QUEENS OF JOY

Un film de Olga Gibelinda

Portraits de drag-queens ukrainiennes en temps de guerre

Synopsis du film

Printemps 2024 en Ukraine, dans une boîte de nuit, des drag-queens organisent une soirée de ventes aux enchères en faveur d’un régiment de l’armée ukrainienne. Qui sont-elles ? Pourquoi le font-elles ? Ce documentaire, tourné dans un pays en pleine guerre, va suivre ces reines de joie engagées pour la liberté…

Critique du film QUEENS OF JOY

Plus de 50 000 personnes LGBTQIA+ servent l’armée ukrainienne contre l’envahisseur russe. Si ce documentaire ne va jamais sur le front avec les soldats c’est parce qu’il part à la rencontre de trois drag-queens qui œuvrent en faveur de l’armée et de la population pour leur redonner de la joie de vivre et de l’espoir. Ces reines de la nuit se retrouvent et organisent des shows et des fêtes caritatives pour recueillir de l’argent et des dons qui seront redistribués aux régiments ou aux populations locales restées près des zones de combats, comme ce petit groupe de personnes âgées à Kharkyv qui n’ont nulle part ailleurs où aller. Elles luttent pour les droits des LGBT et notamment pour la reconnaissance des couples afin soutenir tous les veufs et veuves de guerre.

La caméra d’Olga Gibelinda suit donc, en période de guerre dans des conditions parfois dangereuses, Monroe, Diva Aura et Marlen Scandal qui se confient sur leur vie, leur parcours, leurs doutes, leurs peurs, mais aussi leur espoir que leur pays retrouve sa liberté. La caméra se fait témoin de leur quotidien. Elle ne donne jamais dans l’analyse et le commentaire. Il n’y a ni voix-off, ni explications écrites. Le documentaire se vit au travers des paroles de ces militantes qui sont montrées comme des soldats sur un autre front : celui de la scène pour ramener de la joie dans un pays opprimé. Elles luttent à leur manière pour la liberté et pour que les lois russes qui portent atteintes à la communauté LGBT, comme celle contre la « propagande gay », ne soit jamais appliquées en Ukraine.

La réalisatrice, récompensée du Prix du Jury au festival lyonnais Écrans Mixtes en 2025, montre donc une vérité documentaire forte : celle de la vie qui continue dans un pays assiégé et bombardé, et celle d’un peuple encore plus uni, encore plus fort grâce à Poutine, comme dira l’une d’elles. Car la guerre rassemble et atténue les batailles internes, à l’image de l’acceptation des LGBT. Si l’homophobie demeure dans la population, que ce soit dans le civil ou dans l’armée, l’orientation sexuelle de chacun n’est plus un sujet de fracture. Le peuple ukrainien ne fait plus qu’Un contre l’envahisseur. On est donc face à un acte de résistance de la part de ces queens, mais en même temps, le documentaire reste un cran en dessous de nos espérances pour un tel sujet.

Nous suivons leurs portraits, mais ces derniers sont si individualisés et si peu liés entre eux que la magie de groupe et d’union n’opère jamais. Il y a, dans le fond, un récit de fête et de joie porté par ces drag-queens mais qu’au final on a du mal à ressentir. Le film aborde une multitude de sujets mais il ne fait souvent que les survoler. Par exemple, celui très intéressant de l’identité avec le parallèle entre nationalité et orientation sexuelle : certains personnages originellement russophones sont devenus profondément ukrainiens avec la guerre, à l’image de leur parcours de vie où ils ont pu passer d’une identité de genre à une autre. Malgré cette déception, le film reste un témoignage fort de la lutte des drag-queens pour la reconnaissance des droits LGBT en Ukraine et pour que la vie continue dans la joie et la fête. Coproduit par ARTE, le film bénéficie d’une version gratuite, réduite à 1h, que l’on vous conseillera vivement de découvrir sur sa plateforme de streaming.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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