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QUE MA VOLONTÉ SOIT FAITE

Un film de Julia Kowalski

Il paraît que le feu, ça brûle…

Synopsis du film

Vivant avec son père et ses deux frères dans la ferme familiale, la jeune Nawojka renferme en elle un pouvoir monstrueux, présupposé en héritage direct de sa défunte mère, qui s’éveille à chaque fois qu’elle éprouve une forte émotion. Le jour où la belle et sulfureuse Sandra revient au village pour déménager le contenu de sa propre maison (située juste à côté de la sienne), la volonté de Nawojka de s’extirper du carcan familial va atteindre un seuil critique…

Critique du film QUE MA VOLONTÉ SOIT FAITE

Si l’on en croit les avis glanés ici et là, la projection de "Que ma volonté soit faite" à la dernière Quinzaine des Cinéastes aurait été caractérisée par le bruit des fauteuils qui claquent et des réactions archi-clivantes. Il ne faudra pas plus d’un quart d’heure de visionnage pour saisir en quoi le caractère cru et viscéral de la chose ait pu en rebuter plus d’un, mais de notre côté, la nuance sera de rigueur pour cibler tout ce qui coince. Difficile, déjà, de se montrer surpris par la nature et le contenu du résultat, fidèle aux thématiques déjà exploitées par la réalisatrice franco-polonaise Julia Kowalski il y a neuf ans dans son premier film "Crache cœur" (famille, sexualité, milieu ouvrier…) et de nouveau porté par la jeune actrice Maria Wróbel. Ce qui apparaît problématique tient à un double choix d’angle symbolique qui n’a plus rien d’audacieux mais tout de démodé depuis quelques décennies. Parler d’émancipation familiale et de refus du déterminisme par le biais du registre fantastique (avec encore un « pouvoir héréditaire » qui active une mécanique à la sauce "Carrie" ou "Grave"), ça ne surprend désormais plus du tout. Et pour ce qui est de revisiter le thème de la chasse aux sorcières sous l’angle d’une métaphore directe des harcèlements idéologiques modernes, on frise carrément la lapalissade.

Au fond, tout semble ici tenir exclusivement sur un ton viscéral, organique, pour ne pas dire carrément crade, qui, à force d’imprimer la pellicule (granuleuse à souhait) et la photo (plus glauque tu meurs), offrirait au film le moyen de susciter malaise et révulsion chez son audience. Un film de « matières », donc, où corps et décors se verraient soumis à de violentes convulsions ? Dans l’idée, on est preneur. Sauf qu’en contrepartie, les enjeux se retrouvent simplifiés à outrance quand ils ne finissent pas taillés dans un moule manichéen tout sauf bénéfique. D’un côté, la relation entre l’héroïne et sa jolie voisine (une Roxane Mesquida de nouveau matérialisée en objet de désir à l’érotisme incandescent) n’évolue jamais vers quoi que ce soit de concret (effet-miroir ? attirance sexuelle ?) avant de finir biffée du récit en un revers de main lors du dernier quart d’heure. De l’autre, la vision de cette communauté paysanne et polonaise s’avère si gratinée qu’elle suffit à rendre le film plus schématique qu’autre chose. Preuve en est ce troupeau de beaufs inquiétants et grassouillets, tout juste réduits à rabaisser autrui par toutes sortes de moqueries, à faire monter le mercure de la superstition au rouge cramoisi et à se changer en violeurs pervers au premier coup de trop – même les Cornouaillais violents des "Chiens de paille" ont l’air plus nuancés en comparaison !

On ne peut même pas sauver ce qui aurait dû constituer le clou du film (ou tout du moins son argument le plus vendeur), à savoir ces fameuses phases de convulsion durant lesquelles les émotions toujours plus fortes de l’héroïne activent un déchaînement de forces surnaturelles et dévastatrices. A l’écran, le jeu de l’actrice et les choix de mise en scène nous donnent plutôt l’impression d’assister aux gros efforts de quelqu’un qui essaie tant bien que mal de... « couler un bronze » ! Le déchaînement de forces paranormales, traité ici moins comme un climax émotionnel que comme un pis-aller thématique, va également de pair avec un amas de références cinématographiques plus ou moins évidentes et égrenées de temps en temps, d’une ouverture spectrale rappelant un peu celle de "La Vie nouvelle" de Philippe Grandrieux jusqu’à une chasse nocturne avinée décalquée sur le "Wake in Fright" de Ted Kotcheff (mais avec un filmage au rabais !). Sans originalité dans le traitement, sans subtilité dans la partition dramatique et sans symbolisme prégnant dans l’exploration des thèmes, aucune chance d’assister au moindre début de feu viscéral et révolté. Ne reste alors qu’un film sale et sinistre (probablement par choix), mais surtout vide et bancal (visiblement par entêtement). Que sa volonté soit faite.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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